03.04.2013

« L’existence des camps n’est plus réfutable »

Le 22ème Conseil des droits de l'homme s'est clos le 22 mars à  Genève après quatre semaines de négociations dont l'une portait sur les violations des droits de l'homme perpétrées en Corée du Nord. Si la communauté internationale s'est unie d'une seule voix pour approuver la résolution, les avis sur ses retentissements divergent. Décryptage.
Le 22ème Conseil des droits de l'homme, dont les négociations se sont terminées le 22 mars dernier, a adopté une résolution dénonçant les violations des droits de l'homme perpétrées en Corée du Nord.
Photo: UNOG/Jean-Marc Ferré

«Ma délégation rejette le projet de résolution présenté lors de ce conseil. Il n’est pas moins qu’un instrument de manipulation motivé par des questions politiques. Toutes les violations des droits de l’homme mentionnées dans le présent rapport n’existent pas dans notre pays.» Le représentant de la République populaire démocratique de Corée (appellation officielle de la Corée du Nord), M. So Se Yong, s’est exprimé avec fermeté jeudi 21 mars au Conseil des droits de l’homme (CDH) peu avant l’adoption par consensus de la résolution visant son pays.

 

17ème résolution portant sur cet Etat en huit ans, elle vise à  faire reconnaître neuf types de violations des droits de l’homme en Corée du Nord. Des condamnations graves, allant des violations du droit à  l’alimentation à  des violations liées aux camps de prisonniers et des disparitions forcées, que détaille le rapport présenté en décembre 2012 par Marzuki Darusman, rapporteur spécial en charge depuis 2010. À la base de son travail: des témoignages de réfugiés Nord-Coréens, dont la véracité est remise en cause par la Corée du Nord depuis des décennies.

 

« Ils ne peuvent plus dire: on ne savait pas »

Si M. Darusman doit travailler sur des récits, c’est qu’il n’a pas eu accès au territoire nord-coréen. Une importante limite imposée par un gouvernement au régime si particulier, et qui ne risque pas de tomber. Néanmoins, Julie de Rivero, directrice du bureau genevois de l’ONG Human Rights Watch, affirme que l’adoption de la création d’une commission d’enquête, objet majeur de la résolution, «permettra d’apporter plus de témoignages à  l’appui et d’amener des preuves toujours plus tangibles au dossier.» Dans cette commission tripartite, le rapporteur spécial sera accompagné de deux commissaires. Un budget a aussi été débloqué par la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay.

 

Vicky Janssens, diplômée d’études asiatiques à  l’Université de Genève, affirme également que grâce à  la médiatisation croissante de la cause nord-coréenne ces dernières années et à  la publication d’images satellites au lendemain des essais nucléaires, «l’existence des camps n’est plus réfutable.»

 

Des droits occultés par la politique

Pour Ariane Hasler, journaliste à  la RTS qui a pu rencontrer le rapporteur spécial, «la focalisation des médias sur la Corée du Nord comme potentielle menace nucléaire a fait écran de fumée par rapport aux questions des droits de l’homme.» Ces derniers mois en effet, l’attention de la communauté internationale s’est portée sur les menaces de la Corée du Nord envers les Etats-Unis et les essais nucléaires réalisés par le jeune dirigeant Kim Jong-Un. La journaliste doute pourtant de l’impact de cette résolution: «on ne pourra rien faire contre ce régime qui est souverain sur son territoire.»

 

Des doutes partagés

D’un même sentiment, Juliette Morillot, historienne française et spécialiste de la Corée du Nord, explique: «Le fait que l’Union Européenne [dépositaire de la résolution avec le Japon, ndlr] s’en mêle, c’est montrer la désapprobation de l’Europe et mettre une pression de plus sur la Corée du Nord.» Et de souligner que «Kim Jong-Un se sent menacé par les Etats-Unis et profite de la situation statique de son pays pour réunir le peuple derrière cette menace extérieure. De la résolution, il s’en fiche comme de l’an 40, il n’y aura aucun impact!» Et quid de la position de la Chine, alliée historique de la Corée du Nord? «Ce n’est pas évident, elle-même est accusée d’enfreindre les droits de l’homme sur ton territoire.» Or, elle n’a pas commenté la résolution lors de son adoption, un silence significatif pour Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat des droits de l’homme.

 

Sur le long terme, peut-être…

«Mais comment sanctionner?» s’interroge Barbara Wilson, professeure de droit international à  l’Université de Lausanne. Car les décisions du Conseil des droits de l’homme n’ont pas de pouvoir contraignant. «L’exécution forcée n’existe pas en droit international! La sanction, c’est la guerre! Et on ne veut pas faire la guerre à  la Corée du Nord.» Pour Juliette Morillot, il est nécessaire d’entamer des dialogues bilatéraux avec Pyongyang. «On n’est pas à  l’abri d’un dérapage actuellement. Kim Jong-Un est jeune et remet -˜le tout militaire’ en avant. Le régime s’est encore durci, mais les menaces de la Corée du Nord sont cycliques et systématiques.»

 

L’enjeu de la résolution réside donc dans le blâme symbolique que la communauté internationale peut porter par le CDH. Mais de là  à  saisir la Cour Pénale Internationale? «Seul le Parti importe, la Corée du Nord ne se préoccupe pas de son peuple; mais plus nombreux seront les gens conscients de la situation inquiétante des droits de l’homme en Corée du Nord, plus fort sera l’impact du rapport d’enquête à  l’échelle juridique», tonne l’étudiante genevoise Vicky Janssens. Marzuki Darusman dispose d’un an pour établir la pleine responsabilité de la Corée du Nord.

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