Culture | 30.04.2013

La danse, un échange: une «éviDanse» !

Texte de Nina Borcard
Le festival interjurassien et transfrontalier de danse EviDanse s'est déroulé les 25 et 26 avril au forum St-Georges, à  Delémont. L'événement était organisé par le centre culturel régional de Delémont (CCRD), l'association Danse! et le centre chorégraphique national de Belfort (CCN), en collaboration avec TanzPlan Ost, projet de promotion de la danse contemporaine en Suisse Orientale et au Liechtenstein.
«En dansant, je raconte ma propre histoire», exprime la jeune danseuse, «au public de l'interpréter à  sa façon.» Des danseurs d'une compagnie marseillaise travaillent sur leur projet. Toute l'équipe s'engage dans un dialogue, artistique. Photos: ©Nina Borcard

Des danseurs professionnels, passionnés, ambitieux. Des projets en tête pour certains, déjà  concrétisés pour d’autres. Voyageurs, certains nomades, leur valise à  la main depuis trois mois, leur vie entre Rotterdam et Zurich, Vienne et Porrentruy… des représentations à  Paris. Les 25 et 26 avril, une escale à  Delémont: ces artistes de Suisse orientale et du Jura se sont réunis, le temps d’une journée, ou deux à  l’occasion du festival Evidanse. Au programme, sept courtes pièces présentées sur deux soirs et la visite du centre chorégraphique national de Belfort. Le but? L’échange et le partage entre jeunes artistes de différentes régions partageant la même passion. Reportage sur l’univers de la danse, dans le cadre du Festival éviDanse.

 

Un échange pas toujours facilité

Comme le relève Dominique Martinoli, l’une des coordinatrices du festival, «l’échange, oui c’est super! Mais il n’est pas toujours évident: la barrière de la langue est souvent problématique.» Madame Martinoli a la chance d’être bilingue ce qui a simplifié l’organisation avec Gisa Frank et Aline Feichtinger, les coordinatrices de TanzPlan Ost. En revanche pour les techniciens du son et de la lumière ne parlant ni allemand, ni anglais, c’est une autre affaire. «Il est difficile de communiquer, et pour les aspects techniques, la compréhension est nécessaire!», confient-ils, à  la fin du spectacle.

 

Eve Chariatte, jeune artiste jurassienne présente jeudi soir le confirme: «Cet échange est une première pour moi, et ce n’est évidemment pas chose simple de communiquer avec des artistes parlant une autre langue que la nôtre. Néanmoins, il est profitable de s’ouvrir à  des échanges comme celui-ci.» Cette barrière linguistique tente d’être percée par la danse: «C’est vraiment enrichissant d’admirer les performances des autres artistes et de les rencontrer ensuite», consentent Philippe Amann, Kilian Haselbeck et Meret Schlegel, artistes de Suisse orientale. Ils affirment qu’il est très enrichissant de se produire devant un public qui est inconnu du danseur. Ainsi, au-delà  de la langue, les artistes sont finalement réunis par leur passion.

 

De l’autre côté de la frontière, des rencontres à  Belfort

Arrivés au centre chorégraphique national de Belfort, le petit-déjeuner attend les danseurs. Un accueil chaleureux. Pour les artistes de Suisse orientale, c’est une première. Autour d’une table, Laurent Vinauger, secrétaire générale expose les projets du centre avec lequel EviDanse a dès le début collaboré. Meret, quasiment bilingue se porte garante pour la traduction. Très vite, des idées communes entre la France et la Suisse font surface. Le but premier du centre étant d’implanter des projets de danse dans les régions de Franche-Comté où cet art ne s’est que peu développé. Un objectif que les coordinatrices de TanzPlan Ost aimeraient aussi atteindre. De même que pour les résidences, le projet suisse-allemand n’ayant pas de lieu permanent, le centre de Belfort est le deuxième lieu qu’elles visitent, pour s’inspirer, en espérant trouver une solution.

 

Cette table ronde, plutôt carrée, est suivie d’une visite des lieux. Des «Wow!» résonnent dans les étroits couloirs . Entre salles de danse spacieuses, salles de couture, cuisines, salles de séjour, loges, «Es isch z’Paradies da!» s’exprime l’une des artistes. Tous se retrouvent dans la salle de danse principale, gigantesque. Des danseurs d’une compagnie marseillaise travaillent sur leur projet. Ils s’engagent dans un dialogue, artistique. Leur projet est applaudit.

 

Durant le repas de midi, les artistes discutent, avec entre autres la directrice du centre, Johanne Leighton. La barrière de la langue est maintenant rompue. Spontanément, par l’anglais. Une opportunité pour chacun d’exposer le projet qu’ils déposeront peut-être au centre, cette année, ou l’an prochain, qui sait. Kilian, intéressé confie: «C’est vraiment sympa de connaître cet endroit.» Et la discussion continue sur la lancée, toujours dans la langue de Shakespeare. Le festival est d’ailleurs soutenue par l’association get-together oeuvrant pour l’échange linguistique.

 

L’occasion de discuter et d’échanger avec d’autres artistes, de partager les feuillets de leurs spectacles. Maintenant, une ouverture concevable sur la France pour les artistes de Suisse orientale.

 

Des artistes, leur histoire, un spectacle

Entrés au Forum St-Georges, une ambiance familiale, des jeunes et des moins jeunes en train de papoter. Plusieurs générations réunies, des enfants, parents, grands-parents. Une petite salle, une centaine de places. Le public s’installe, que le spectacle commence!

 

Artiste et public, tous plongés dans l’obscurité. Une silhouette tourne en rond sur une plateforme, un cercle scintillant, une étoile. Surprenant: elle balaie. De la musique, un son aigu, monotone lui donne le rythme, lent. La sphère s’illumine, la silhouette se dévoile; une femme, allongée dans ce cercle de sable. Son visage dissimulé. Sur un ton mystérieux, délicatement, elle se recroqueville, puis se déploie. Découvrant son visage, elle se lance, sereinement, en méditation. Les mouvements s’accélèrent. Elle tente de s’échapper de ce cercle vicieux. Elle se lève, la musique est cassante, grave. Elle semble exprimer sa colère. Agitation en crescendo. Le son s’électrifie. Alors qu’elle est allongée, un aspirateur robot entre en salle, et une voix superficielle sur un ton monotone: «Cet appareil vous facilitera la tâche au quotidien.» L’objet n’aspire que très peu de sable. Il sort de la sphère, elle reste au sol, couchée, son visage à  nouveau caché. Caso & Caos est un solo de danse contemporaine interprété par Elina Müller Meyer: une des sept pièces courtes de la compagnie Prototype Status. «En dansant, je raconte ma propre histoire», exprime la jeune danseuse, «au public de l’interpréter à  sa façon.»

 

Les sept pièces courtes de Suisse orientale et du Jura mêlent danse contemporaine et acrobatique, performance et parfois même humour. Elles ont leur propre histoire, celle des artistes qui se produisent. Avec ou sans musique, des personnages expressifs par leur mouvement, par leur mimique, un jeu de lumière, une ambiance mystique parfois, un message. Rien n’est mis au hasard. Une façon d’éveiller la curiosité de leur public, de le faire réagir. L’air interrogateur, les spectateurs finissent par se prêter au jeu, se laissant porter par cet univers.  A travers leur intrigante histoire, un échange se crée, entre public et artistes.

 

Info


Le festival se poursuit jusqu’au 4 mai. Tout le programme sur www.evidanse.ch.