16.04.2013

La base: l’amour

Texte de Raphael Fleury | Photos de Raphael Fleury
Du 13 au 14 avril au Forum Fribourg, il aura beaucoup été question d'éthique. Dimanche après-midi a eu lieu la conférence publique «L'éthique au-delà  des religions», durant laquelle Sa Sainteté le Dalaï-Lama a développé des éléments déjà  abordés la veille.
Le chef spirituel des Tibétains a défendu ce qu'il appelle une éthique séculière, rassemblant croyants et non-croyants autour d'une morale naturelle, définie par l'amour.
Photo: Raphael Fleury

«Chers frères, chères sŠ«urs, comme toujours lorsque je m’exprime, c’est en tant qu’être humain, face à  des êtres humains.» Ces mots, prononcés par le Dalaï-Lama, ont lancé dimanche à  13h30 la conférence publique intitulée «L’éthique au-delà  des religions».

 

Une éthique séculière

Le chef spirituel des Tibétains a défendu ce qu’il appelle une éthique séculière, ou morale naturelle. Cette éthique a pour but de rassembler non seulement les croyants de toutes les religions, mais également les non-croyants. Elle part du principe que tous, nous partageons une humanité commune, au-delà  de toute croyance, et que tous, nous désirons le bonheur. Partant de là , on doit pouvoir mettre en place une éthique commune à  l’humanité entière, ne reposant non pas sur une foi, mais sur des facteurs biologiques. Le Dalaï-Lama a insisté sur le fait qu’il est toujours sage de respecter toutes les religions, aussi bien que les athées. «S’il convient d’avoir foi dans une religion, a-t-il affirmé, il s’agit de respecter toutes les religions. Au-delà  de leurs différences, elles ont le même but. Leur base commune, c’est l’amour.»

 

Il précise sa pensée: «Pour le christianisme, a-t-il dit, puisque nous sommes dans cette vie le produit d’un Créateur qui est Amour, notre but c’est logiquement l’Amour.» Pour le bouddhisme, il n’y a pas de Créateur. Tout repose sur la compréhension des lois causales. Tout est interdépendant et rien ne peut naître sans cause. Si une cause est mauvaise, son effet sera logiquement mauvais. Et si l’on veut éviter la souffrance et répandre le bien-être, il nous faudra faire preuve d’amour, de bienveillance et de compassion, continue-t-il.

 

La méditation renforce

Dans le cadre de l’éthique séculière qu’il défend, le chef spirituel des Tibétains souligne trois points. Premièrement, affirme-t-il, il nous faut reconnaître que nous avons tous une expérience commune. Tous, nous venons de la matrice de notre mère. Notre survie, depuis tout petit, dépend des autres. L’expérience de la proximité est inscrite dans notre biologie. Puis il poursuit: nous sommes des animaux sociaux. Sans société, nous ne pouvons survivre. La société est à  la base de notre vie. Il nous faut donc apprendre à  coopérer, et pour cela, nous avons besoin de confiance, laquelle repose sur un principe plus vaste, l’amour. Enfin, le Dalaï-Lama s’est référé aux études scientifiques sur le corps et l’esprit: «Les sciences cognitives et affectives, ont montré que des émotions négatives telles que la peur ou la colère dévorent notre système immunitaire. A contrario, il a été prouvé que si l’on médite sur la compassion durant seulement quelques semaines, notre système immunitaire se voit renforcé.» Les sciences le disent, la paix de l’esprit est essentielle. Elle permet de nourrir la confiance et l’amour.

 

Une personnalité d’exception

Le Dalaï-Lama a fait preuve d’une sagesse exemplaire. «Partout où je me rends, a-t-il déclaré,  je dis que je ne suis pas là  pour convertir. Un texte ancien le dit bien: on ne doit enseigner qu’à  celui qui en exprime personnellement le souhait.» Par ailleurs, le Prix Nobel de la Paix ne cesse d’encourager à  l’ouverture et au respect, et dialogue aussi bien avec les membres d’autres religions qu’avec les philosophes, les scientifiques, les athées ou encore les hommes politiques. Il a dit admirer les autres traditions et a avoué avoir versé des larmes lorsqu’il se recueillait un jour à  Lourdes: «J’ai une appréciation profonde pour le christianisme.» Qui plus est, le Dalaï-Lama a révélé un sens de l’humour très fin, sachant également tirer partie de l’autodérision. Il n’a pas manqué de faire rire les huit à  neuf mille personnes présentes dans la salle.

 

Un programme scolaire en marche

Le Dalaï-Lama travaille avec les écoles et les universités afin de mettre concrètement en place cette éthique séculière qui dépasse les croyances religieuses. Il s’agit d’intégrer dans le système d’éducation, dès le jardin d’enfants et jusqu’à  l’université, ce qu’il nomme une hygiène mentale. Celle-ci consisterait à  cultiver des valeurs universelles telles que l’amour et la compassion, ou encore à  apprendre à  gérer ses émotions.

 

Le projet du Dalaï-Lama est donc pour le moins ambitieux, mais il a au moins le mérite de vouloir rassembler l’humanité entière au sein d’une éthique commune.

 

Info


Tenzin Gyatso, né au Tibet en 1935, est le 14è Dalaï-Lama, titre réservé au chef spirituel et temporel des Tibétains qui signifie «Océan de Sagesse ». Prix Nobel de la paix en 1989, Sa Sainteté le Dalaï-Lama reste attaché au pacifisme malgré la situation tibétaine dramatique. Depuis 1973, il ne cesse de voyager à  travers le monde, défendant les valeurs humaines universelles, la tolérance religieuse ainsi que la cause tibétaine.

Tenzin Gyatso s’est retrouvé à  Fribourg les 13 et 14 avril, suite à  l’invitation de l’Association bouddhiste Rigdzin Suisse, de l’Association Gendun Drupa et de la Fondation pour la préservation de la culture du Tibet et pour la promotion de l’échange interculturel (FPC-Tibet).

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