Culture | 08.04.2013

Huis-clos pervers

Le théâtre de Vidy à  Lausanne accueille «La force de tuer» de Lars Norén, pièce créée au Théâtre de Poche de Genève en octobre dernier.
"La force de tuer" du Suédois Lars Norén se jouera du 16 avril au 5 mai au Théâtre de Vidy à  Lausanne. Lars Norén est considéré comme une figure du théâtre contemporain. "La force de tuer" explore le relation houleuse entre un père et son fils, jusqu'au drame final. Photos: Augustin Rebetez

Une chambre glauque sous les toits. L’ambiance est pesante avant même que les personnages ne se mettent à  parler. Une pluie battante vient frapper la baie vitrée dans un tic-tac de mort. Nous sommes chez un fils qui reçoit son père. La relation entre les deux hommes est d’une froideur extrême. Le fils prononce sans cesse des reproches envers son paternel. Au travers de ses remarques glaçantes et haineuses, le spectateur devine un lourd passé familial. Le père, lui, esquive les commentaires désobligeants avec une nonchalance dérangeante. Il s’apitoie sur son sort de veuf et pose des questions indiscrètes sur la petite amie son fils.

 

Cette dernière se joint finalement à  eux pour le repas du soir et développe une complicité malsaine avec le père, dont on devine les intentions perverses. Une fois le fils parti se coucher, le paternel tente de séduire la jeune femme avec une violence verbale et physique à  la limite du supportable. Dans une ambiance familiale pourrie jusqu’à  la racine, le dénouement sera forcément tragique.

 

Dans les tréfonds de l’âme humaine

La mise en scène signée Philippe Lüscher nous plonge dans l’univers angoissant et étouffant de l’écrivain suédois Lars Norén: une pièce de jeunesse écrite en 1979 qui explore la relation houleuse entre un père et son fils. On est à  la fois fasciné et dérangé par cette pièce d’une exactitude mortelle. Le spectateur ne peut prendre aucun parti, Lars Norén pousse les rapports humains dans ses tréfonds les plus sordides et conduit les personnages à  se détruire par le simple fait de se côtoyer. La petite amie est l’élément déclencheur de ce drame familial qui conduira à  la mort de l’un des protagonistes. Mais c’est cependant bien le rapport père-fils qui est au centre de l’intrigue. Le fils n’a jamais éprouvé de crainte ou d’amour sincère envers son père, ce qui poussera les deux hommes à  la déchirure.

 

Des rôles complexes pour des acteurs de talent

Cette pièce est sublimée par Jean-Pierre Malo qui campe le rôle complexe du père. L’acteur a su trouver la subtilité pour jouer ce personnage le plus justement possible. Nous sommes sans cesse impressionné de l’aisance avec laquelle il évolue. Elodie Bordas a également réussi à  ne pas tomber dans les stéréotypes, avec une interprétation intelligente de la petite amie du fils. Quant à  Vincent Jaccard, il a peut être légèrement déçu par son interprétation très agressive du fils; mais il parvient malgré tout à  donner à  la pièce un rythme haletant.

 

Une figure marquante du théâtre

Les pièces de Lars Norén ne laissent personne indifférent. Considéré comme le successeur de Strinberg, Ibsen, Tchekhov ou encore de Hjalmar Bergman, il est aujourd’hui une figure marquante du théâtre contemporain. Ses pièces explorent divers thèmes tels que la perversion sexuelle, le recours à  la violence ou encore les relations conflictuelles familiales.

 

Info


La force de tuer se joue du 16 avril au 5 mai au Théâtre de Vidy à  Lausanne.