16.04.2013

Clichés à  la moulinette

Texte de Michael Rubattel | Photos de Michael Rubattel
Mercredi 10 avril, direction le Romandie Rock Club pour un spectacle d'humour sur les stéréotypes. Curieux, je jette un coup d'S«il sur le programme et m'aperçois avec surprise que deux des comédiens sont issus du Jamel Comedy Club. Mon taux d'impatience monte en flèche, je m'attends à  du haut niveau, et je ne serai pas déçu.
Sanaka, le Français qui sait rire de sa silhouette svelte.
Photo: Michael Rubattel

La moitié des personnes assise, l’autre debout, ça y est, les rideaux sont levés. Une première question passe dans ma tête: comment vont-ils traiter du sujet des clichés? Je n’ai pas besoin d’attendre longtemps pour obtenir ma réponse. Le premier humoriste, Edem Labah, introduit directement la devise qu’allait adopter les autres comiques: faire des stéréotypes son arme, et de sa personnalité le sujet de sa moquerie. Ámes sensibles s’abstenir, cette soirée a été un pur concentré de clichés culturels aussi violents que dérisoires. Véritables athlètes des calembours et des vannes fumeuses, les comédiens lancent des pics à  la volée sur les spectateurs des premiers rangs, sur les Arabes, les Chinois, les Indiens, les homosexuels, mais surtout, sur leurs propres différences. Ce fond d’autodérision constitue le meilleur de leurs atouts. Comment peut-on autant rire de soi et aussi ouvertement devant un public d’inconnus, si l’on n’a pas une confiance en béton?

 

Tous d’horizons différents

Edem Labah, originaire d’Afrique, se moque volontiers de sa difficulté à  s’intégrer en Suisse. Du moins, c’est ce qu’il nous fait croire, car à  peine lancé, il rebondit déjà  sur sa surprenante facilité d’intégration, en fin de compte, dans un pays où ne cohabitent que Portugais et Italiens. « Une contrée où ceux qui ont du mal à  s’intégrer sont, en fait, les quelques derniers Suisses restants », sourit-il.

 

Sanaka, le Français qui sait rire de sa silhouette svelte. Son corps n’est pas l’une de ses armes de séduction, mais mesdames: « Moi, je rentre dans du 36. Et bim! »

 

Bun Hay Mean illustre avec brio la réputation de son pays d’origine: « Vous avez vu mon nom? Même mes parents ne savent pas ce qu’il veut dire. Mon père voulait m’appeler Travail. Une chose est sûre, si ça avait été le cas, il serait là  en train de me dire: Travail travaille travaille (en le frappant à  coups de pieds) « . Je salue également ses talents d’improvisation. Ceux qui étaient là  se souviendront avec enjouement du spectateur au rire d’alarme.

 

Thomas Wiesel, quant à  lui, fusille son côté suisse peu séducteur, disant devoir jouer de sa deuxième nationalité roumaine, pour, au final, nous expliquer qu’aucun des deux ne lui fait vraiment fortune.

 

Noman Hosni, Irako-tunisien, vient sur le plateau pour nous parler de son pays; la Suisse. « Je considère la Suisse comme mon pays. Bon, le gouvernement n’est pas vraiment d’accord avec cette partie-là  du spectacle. Il me considère comme un saisonnier, c’est-à -dire que je suis au Club Med… Un jour, je vais rentrer chez moi ».

 

L’humoriste se fait rire avant tout

Une heure et demie plus tard, après la fin du spectacle, je vais échanger quelques mots avec Thomas Wiesel. Ce qu’il me dit, à  ce moment, me fait réfléchir, dans le métro du retour. Pour lui, un humoriste n’est drôle que s’il croit en ce qu’il dit. Quelqu’un qui se force, qui tente des blagues qui ne lui appartiennent pas, fera naître, dans la salle, une sorte de malaise général. À l’inverse, un comique qui est dans son monde et qui envoie des blagues, à  tour de bras, aussi hilarantes que cohérentes avec sa personnalité communiquera sa bonne humeur et son humour. Pour nous séduire, ses plaisanteries doivent l’amuser avant tout. Et je pense que Thomas voit tout juste. Je n’ai pas l’habitude d’assister à  des spectacles d’humour, et je n’avais jamais vraiment réalisé qu’il existait une véritable différence entre le direct et le retranscrit. Aujourd’hui, j’en suis convaincu, c’est la magie du moment qui a opéré lorsque les cinq comédiens disponibles et authentiques se sont amusés en nous amusant et ont assumé pleinement leur rôle et leurs questionnements. Sans celle-ci, les sketchs ressemblent bien souvent à  des surgelés trop longtemps restés dans le micro-onde.

 

Je n’ai qu’un conseil à  donner: pour redécouvrir l’humour, éteignez votre télévision et sortez voir des spectacles. Un rire partagé est bien plus intense qu’un rire différé.

 

C’est en riant des clichés que l’on arrive à  les remettre en cause. Au final, avons-nous ri de nous-mêmes ou nous sommes-nous moqués de ces stéréotypes? Ce qui est certain, c’est que nous parlions tous le même langage au-delà  des différences entre les comédiens, entre les comédiens et le public, entre les personnes du public.

 

Info


La campagne « moi et les autres » a début en septembre 2012 et se poursuit jusqu’en juin 2013. Elle cherche à  favoriser l’échange et la relation entres différents générations, cultures et genres. Tink.ch est partenaire de « moi et les autres » et publie à  cet effet les articles de jeunes rédacteurs spécialement mandatés par la campagne. Micharl Rubattel, 19 ans, était l’invité de cet article. Plus d’infos: facebook/moi.autres

 

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