24.04.2013

Cahuzac: pris la main dans le sac

Texte de Lucas Jelonek | Photos de lemonde.fr
Cela fait une vingtaine d'années que l'ex-ministre français délégué au budget détenait un compte bancaire à  l'étranger et notamment en Suisse. Le 2 avril 2013, Jérôme Cahuzac avoue les faits. Il a démissionné de sa place de ministre et à  refusé de rester à  l'Assemblée Nationale, malgré la loi qui l'y autorisait.
L'homme qui se battait contre les fraudeurs fiscaux ne pouvait pas en être un...
Photo: lemonde.fr

Avec sa fonction de ministre du budget, Jérôme Cahuzac pense être au-dessus de tout soupçon. L’homme qui se «bat» contre les fraudeurs fiscaux, ne peut décidément pas en être un. Lui qui s’est accoutumé aux mandats et donc à  la confiance des citoyens, ne pouvait cacher un compte à  l’étranger. Il ne pouvait mentir au peuple qui l’avait élu et lui avait fait confiance dans les plus hautes sphères de la politique. Personne alors n’avait connaissance de la supercherie!

 

La rumeur qui met le feu aux poudres

La rumeur selon laquelle Jérôme Cahuzac détiendrait un compte bancaire en Suisse a été dévoilée en décembre 2012 par le site d’actualité indépendant, Mediapart, réputé pour son journalisme d’investigation. La cerise sur le gâteau est tombée plus tard, lors de l’Assemblée nationale le même mois. Jérôme Cahuzac répond ouvertement et devant tous les députés à  la question de Daniel Fasquelle (UMP): il n’a, ni n’a jamais eu de compte en Suisse. Il dément par la même occasion catégoriquement les allégations du site Médiapart, qu’il poursuit pour diffamation.

 

L’affaire prend alors un tournant plus médiatique et remet en cause la viabilité et l’authenticité des informations livrées par les médias. Mais Jérôme Cahuzac s’enfonce: il doit dire la vérité aux français.

 

L’enregistrement d’une conversation téléphonique datant de l’année 2000 dévoilée et par Médiapart le 5 décembre 2012 met le feu aux poudres. On y entend Jérôme Cahuzac déclarer à  son interlocuteur, inconnu: «Ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là -bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques.» Il ira même jusqu’à  demander à  la banque suisse, de certifier qu’il n’a pas de compte chez eux.

 

Passage aux aveux

Le 19 mars 2013, une information judiciaire est ouverte par le parquet pour blanchiment de fraude fiscale et Jérôme Cahuzac démissionne de ses fonctions de ministre tout en clamant son «innocence.»

 

Début avril, après quatre mois de mensonge, il passe tout de même aux aveux devant la justice et le confesse également dans une lettre sur son blog. Il affirme avoir un compte enregistré en Suisse, transféré à  Singapour, sur lequel se trouve 600’000 euros. «J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords», écrit-il.

 

Mais les mensonges ne n’arrêtent pas là : une chaîne télévisée suisse, avec l’aide de sources bancaires, dévoile que Jérôme Cahuzac aurait fait une démarche auprès de la banque Julius Baer pour transférer 15 millions d’euros à  Singapour! Le ministre est inculpé pour blanchiment de fraude fiscale, le 2 avril. Le ministre aurait déjà  donné des instructions afin que  «l’intégralité des actifs déposés sur ce compte soient rapatriés sur [son] compte bancaire à  Paris.»

 

Cette affaire aura certainement pour effet de dégrader l’image des représentants du gouvernement français ainsi que celle de François Hollande, qui pour l’instant, nient avoir été informés de la fraude. Le Président de la République déclarait le 3 avril que c’est «la défaillance d’un homme.»

 

Actuellement, François Hollande travaille sur «la moralisation de la vie publique», le renforcement de l’indépendance de la justice. Les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale ou pour corruption se verront interdire tout mandat public.

 

Une carrière brillante

Jérôme Cahuzac débute dans la médecine avant d’aboutir dans la politique. L’homme aux multiples affaires ouvre d’ailleurs avec sa femme un cabinet médical d’implants capillaires qui existe encore. Il est même promu «conseiller aux médicament » dans le cabinet de Claude Evin, ancien ministre de la santé, se défendant de toute «relation trouble» avec Jérôme Cahuzac. En 1993, il créé «Cahuzac conseil», une entreprise pour les conseils techniques des industries pharmaceutiques.

 

Une détermination sans précédent pour cet homme, qui fut jadis chargé de la santé pour la campagne de Michel Rocard aux élections présidentielles de 1988. Cahuzac sera d’ailleurs élu en 1997 député de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne. Il compilera encore deux mandats à  la mairie de Villeneuve-sur-Lot dès 2001 pour redevenir député de Lot-et-Garonne en 2007.

 

Jérôme Cahuzac progresse ensuite dans la sphère politique et devient Président de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire à  l’Assemblée nationale. Et enfin, lors de l’élection de François Hollande à  la tête de l’Etat il devient Ministre du budget.

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