Culture | 05.03.2013

Zones de quiétude

Dans son roman, Marie-Claire Dewarrat nous invite à  embrasser deux visions du monde que tout semble opposer.
Photo: DR Un livre à  lire si l'on ne craint pas d'affronter le calme étrange et pesant qui succède au coup de canon. lhebe.ch

C’est parti! Dès le départ, nous sommes installés dans une voiture officielle blindée, sur le siège arrière de cuir noir au côté du Président américain. Puis, plus tard, nous voilà  en train de tenir compagnie à  un individu mystérieux, clochard, artiste perdu, assis sur un banc dans le parc d’une église…

 

Entre les destinées

Qu’y a-t-il de commun entre ces deux personnages? En quoi leurs vies et leurs réflexions sur le monde permettent un quelconque rapprochement? Zones de quiétude de Marie-Claire Dewarrat nous propose de tisser peu à  peu ces fils, ces liens invisibles qui existent entre ces destinées. Dans un style incisif, l’auteure expose au travers des souvenirs ou de l’observation de ses personnages une société contradictoire et hypocrite, inégale et bruyante, où les convenances d’un événement commémoratif  en grande pompe engloutissent les morts tombés au front.

 

Rencontre improbable

D’un côté, barricadé dans un véhicule de protection, le Président américain qui se retrouve enfin seul face à  lui-même, dans une «zone de quiétude» que le chaos de son quotidien lui laisse peu l’occasion d’affronter. De l’autre, un homme détruit par la mort de son enfant au front. Il attend de voir passer la voiture de celui qui, pense-t-il, comprend et maîtrise peut-être le chaos du monde.

 

Improbable que la culpabilité de l’un rencontre l’errance et le chagrin de l’autre, un dispositif de sécurité les séparant. C’est pourtant ce qui arrivera, lorsque le chien muet Mad Spot réunit les fils et met fin, sans un aboiement, forcément, à  la confortable zone de quiétude qui protégeait nos personnages.

 

Un livre à  lire si l’on ne craint pas d’affronter le calme étrange et pesant qui succède au coup de canon.