Culture | 25.03.2013

Tribulations japonaises

«Cinq jours en mars», la pièce du japonais Toshiki Okada, est montée pour la première fois par Yvan Rihs, au Théâtre du Grütli à  Genève. Un texte percutant, contemporain et incroyablement familier qui fait vivre cinq adolescents japonais dans un monde en manque de repères.
La pièce "Cinq jours en mars" du Japonais Toshiki Okada est jouée pour la première fois à  Genève, jusqu'au 7 avril.
Photo: Christine Laure Hirsig La narration décousue mais incroyablement vivante semble traduire la quête constante d'identité de la jeunesse japonaise. Laurent Barlier

C’est une création fougueuse mêlant théâtre, musique, danse et performance qui se joue en ce moment dans la petite salle du Grütli. Minobe, Azuma, Yukki, Miffy et d’autres, vivent dans le quartier branché de Shibuya à  Tokyo. Ils expriment leur vision du monde et leur appréhension du futur, au lendemain de la déclaration de l’invasion de l’Irak par les USA. Minobe et Yukki se calfeutrent cinq jours dans un Love Hotel. Ils expriment par leurs orgasmes réguliers et les boites de capotes consommées un amour qu’il faudra vite oublier s’ils veulent échapper au flot d’émotions qui pourrait les submerger.

Miffy projette de partir sur Mars afin de quitter cette Terre imprégnée de ses nombreux amours déçus. Elle exprime par un corps désarticulé et une danse archaïque son sentiment de ne plus appartenir au monde. Ces personnages se croisent, s’aiment, se déchirent dans un Tokyo qui semble irréel.

 

Narration désarticulée

La pièce d’Okada n’adopte pas une narration classique. Bien au contraire, les personnages passent du « je » au « il », changent de rôles, expriment les pensées d’autres protagonistes. Le texte décousu, familier mais incroyablement vivant traduit la quête constante d’identité de la jeunesse japonaise.

Expérience pour le moins troublante, on a parfois du mal à  comprendre où ce texte va mener. Le passé, le présent, le futur: ces notions sont abolies, l’objectivité n’existe plus. On est cependant emporté par les personnages, qui évoluent dans une salle dépourvue de toute scénographie. Les récits s’entremêlent, exprimant le désarroi existentiel qui tracasse la jeunesse face à  un monde qui semble ne plus lui appartenir.

On notera l’excellente interprétation des acteurs qui, malgré un texte décousu et de fréquentes répétitions, arrivent toujours à  nous guider à  travers ce beau moment de théâtre. Cinq jours en mars est également sublimée par une étonnante création musicale signée Thierry Debons. C’est d’ailleurs les acteurs qui, munis de guitares ou d’un violon électrique, donneront vie à  cette partition sur scène!

 

Succès grandissant

Yvan Rihs signe la première mise en scène en français du texte d’Okada, auteur rarement présent dans les programmations suisses. Bien que peu connu dans nos contrées, Tokishi Okada se révèle aujourd’hui comme l’un des auteurs japonais les plus influents. Né à  Yokohama en 1973, il crée en 1977 la compagnie «chelfitsch», avec laquelle il monte tous ses spectacles. Récompensé par divers prix théâtraux, il a notamment reçu le Kishida Drama en 2005 pour Cinq jours en mars.

 

 


Info

Cinq jours en Mars se joue jusqu’au 7 avril au théâtre du Grütli à  Genève.