18.03.2013

« Ne mange pas tout seul, ou tu risques d’être constipé »

Améliorer les parcs municipaux en Turquie, travailler dans une école au Kenya, aider à  la conservation d'un château en France sont quelques une des opportunités qu'offre le Service civil international (SCI). Immersion au coeur de l'atelier du SCI.
Les participants choisissent une photo qui représente le mieux l'engagement pour eux. Lucie, jeune bénévole depuis 5 ans, préside l'atelier. Photos: © Selver Kabacalman

Améliorer les parcs municipaux en Turquie, travailler dans une école au Kenya, aider à  la conservation d’un château en France sont quelques une des opportunités qu’offre le Service civil international (SCI). Š’uvrant pour la promotion de la paix à  son origine, le SCI est une association sans but lucratif qui existe depuis peu après la fin de la première guerre mondiale, en 1920.

 

Du jeu pour briser la glace

C’est Lucie, bénévole depuis cinq ans dans l’association, qui présente et préside cet atelier afin de motiver les jeunes à  s’engager. Elle débute la séance par un jeu afin se briser la glace entre les participants, et qu’une atmosphère agréable s’installe. Mais ce jeu se révèle au fur et à  mesure plus que cela. Partageant son public en deux équipes: les « colorful » et les « indécis », Lucie énonce les règles du jeu. « Chacun d’entre vous doit réfléchir à  trois choses le concernant, dont deux sont vraies et une fausse, mais il faut que les trois paraissent vraies. Par exemple: j’ai un chien, je suis étudiante en médecine et je n’ai pas le permis. A chaque fois que le participant de l’équipe arrive à  duper l’autre équipe, vous gagnez un point. Sinon, l’autre équipe gagne des points. »

 

Au fur et à  mesure que le jeu avance et que les scores entre les deux équipes se resserrent, les personnalités des participants se révèlent. Certains, plus à  l’aise que d’autres, imposent leurs idées, sans prendre le temps de se concerter. Voilà  où l’on apprend le plus de ce jeu. Pour réussir à  gagner, il faut de la coopération, de la concertation, du travail en équipe. « Ne mange pas tout seul, sinon tu risques d’être constipé ».

 

L’engagement pour vous, c’est quoi?

Après ce premier jeu qui finit par décision commune à  l’égalité entre les groupes, un second jeu se profile rapidement à  l’horizon. Cette fois-ci plus de mensonge, il faut être sincère et faire un choix. Effectivement, Lucie demande à  chaque participant de choisir une photo parmi une vingtaine étalées par terre. « Toutes ces photos sont issues des chantiers de SCI », explique la jeune bénévole. « Je souhaite que vous preniez celle qui représente ce que veut dire l’engagement pour vous. »

 

Chacun(e) tour à  tour choisit et explique pourquoi il/elle a choisi cette photo. Des réflexions intéressantes surgissent de ces introspections photographiques: « l’âge n’a pas d’importance tant qu’on a le même but », « est-ce normal qu’un européen aille éduquer quelqu’un du Sri Lanka? », « il faut que la personne qui enseigne soit neutre, on ne doit pas imposer sa culture », « l’union fait la force ».

 

C’est au fil des conversations que l’on en apprend beaucoup sur les participants qui semblent avoir choisi leurs photos non pas uniquement en fonction d’une idée générale qu’ils avaient en tête mais aussi par rapport à  des expériences vécues.  « Moi je suis partie avec Nouvelle planète au Vietnam et c’est en jouant au UNO que j’ai compris que les frontières de langue peuvent s’effacer. Nous, on leur apprenait nos règles et eux, nous apprenaient le nom des différentes couleurs en vietnamien. Je pense qu’aujourd’hui, tous les participants qui étaient là -bas savent toujours le dire », explique avec beaucoup d’émotion l’une des participantes face à  des camarades attendris par son récit.

 

Le jeu comme apprentissage

Après ce moment de partage en ronde par terre, Lucie propose un défi supplémentaire aux participants: imaginer leur propre chantier/workcamp en un laps de temps très limité, environ 15 minutes. A l’issue du grand débat animé entre les différents participants, le workcamp aboutit à  un projet de construction et de maintenance d’une école en Inde pour promouvoir l’émancipation des femmes indiennes dans les villages reculés. Une discussion qui a fait comprendre à  tous les participants que tout ceci n’était pas du tout la manière de fonctionner au SCI. L’association ne crée pas de projet depuis la Suisse et ne les impose pas dans les pays de son choix pour les problématiques de son choix. « Chaque pays a son bureau et chacun impulse son projet et travaille avec ses responsables locaux », détaille Lucie, qui elle-même a pu impulser un projet en Pologne, son pays d’origine. Le projet touchent à  des des thématiques différentes – sociales, écologiques- culturelles, et peuvent être à  court-terme ou à  long-terme. « Je conseille à  toutes les personnes sans grande expérience de partir d’abord à  court-terme pour se faire une idée avant de s’engager plus longtemps. »

 

A la fin de 90 minutes d’atelier ludique, l’apprentissage au travers du jeu semble être une méthode qui porte ses fruits pour faire passer des messages et expliquer les actions. L’homme serait-il plus coopératif dès qu’il s’agit de jouer et de s’amuser? Devrait-on tout faire de manière ludique pour mieux faire comprendre les choses? Même si le mot jeu est souvent associé au plaisir et synonyme de légèreté, il peut également servir comme moyen d’apprentissage. Comme l’a écrit Aristote: « il faut jouer pour devenir sérieux. »

 

 


 

Pierre Céresole, jeune ingénieur de formation, a crée cette association après l’avoir pensée lors de son séjour en prison. Emprisonné pour avoir refusé d’aller au service militaire et de faire la guerre, ce dernier a imaginé le SCI dans le but de réparer et reconstruire la société après les dégâts de la guerre en Suisse. Mais après la Seconde guerre mondiale, l’organisation repense ses objectifs, les élargit et étend son activité et sa présence à  d’autres pays, avec des bénévoles engagés dans le monde entier.

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