Culture | 04.03.2013

Le dernier hiver de Johann

Texte de Tamina Wicky
Le 27 février est sorti "L'hiver dernier", premier long métrage du réalisateur belge d'origine américaine John Shank.
Sorti le 27 février dernier dans les salles romandes, "L'hiver dernier" a pour décor les larges plaines du Cantal français. "J'ai choisi de filmer dans le monde rural parce que j'ai une sensibilité personnelle face à  la puissance de la nature, l'immensité de l'espace et la place de l'homme", déclarait en mars 2012 John Shank dans une entrevue avec le site belge Cinérgie [ci-dessus, l'acteur Vincent Rottiers qui joue le rôle de Johann]. Photos: DR

«J’appartenais à  cette terre. Comme mon père… et son père… et son père avant nous. Elle m’a tout donné. Elle m’a porté jusqu’ici.» Voici ce que nous confie Johann alors qu’il s’enfonce dans le désert des plaines hivernales du Cantal pour un voyage sans retour.

 

Johann (Vincent Rottiers) est un petit paysan du Cantal qui a reprit la ferme de son père. Sa vie suit le rythme des vaches, auxquelles il consacre la majeure partie de son temps. Cette existence semble convenir à  merveille à  Johann, jeune homme d’une vingtaine d’années au caractère réservé. Malheureusement, cet équilibre sera rompu par les difficultés financières. Les paysans sont contraints de changer leurs méthodes de production, ce à  quoi Johann ne peut se résoudre. Ne pouvant lutter contre la disparition de son monde, il décidera de s’effacer avec lui.

 

Isolé dans la nature

Ce premier long métrage du cinéaste d’origine américaine John Shank se distingue par la beauté des prises de vue. Le paysage des plaines du Cantal est traité comme un personnage à  part entière, à  travers de longs plans fixes. Ainsi, c’est à  juste titre que le directeur de la photographie, Hichame Alaouie, a reçu le «Magritte de la meilleure image 2013», l’équivalent belge des César.

 

 

La place de la nature dans le film souligne la solitude de Johann, plus proche des bêtes que des hommes. Même dans les fêtes villageoises ou les enterrements, le jeune homme se retrouve toujours isolé. Seules trois personnes semblent compter pour lui: Pierre, un enfant du voisinage, qui partage la passion de Johann pour le travail agricole; Marie, la sŠ«ur de Johann, soignée dans un institut psychiatrique; et surtout Julie, sa petite amie. Cette dernière semble être pour lui l’unique moyen de s’évader.

 

 

Cependant, Johann reste trop attaché à  sa terre pour suivre Julie, et les moments partagés avec elle ne sont que parenthèses dans une vie consacrée à  la ferme. Passion symbolisé par l’omniprésence de barrières et de grillages lors de leurs échanges.

 

 

Fable agricole

A travers le drame de Johann, le film propose une critique sur notre façon de consommer et nous sensibilise au sort des paysans. Un attachement à  une terre, une loyauté à  une tradition familiale, voilà  donc les principes incompatibles avec les exigences de rentabilités de l’industrie agroalimentaire qui pousseront Johann à  disparaître dans l’hiver.