12.03.2013

L’avenir de la mobilité, Erasmus pour tous

Texte de Mouna Hussain
Les 28 février et 1er mars derniers s'est tenu à  Bruxelles un séminaire traitant, entre autres, du futur programme «Erasmus pour tous». Organisé par SwissCore, qui fait le lien entre la Suisse et l'Union européenne en matière de recherche, d'innovation et d'éducation, cette conférence visait à  informer les acteurs suisses de l'éducation et de la formation. Florence Balthasar, conseillère européenne pour l'éducation et organisatrice de ce séminaire annuel, nous a mis au courant des dernières actualités. Eclairage.
L'avenir de la mobilité européenne semble bien tracé. Le programme «Erasmus pour tous», sous ce nom ou sous un autre, reprendra le flambeau d'une Europe qui se veut unie. Photo : Mouna Hussain

À une époque où le réchauffement climatique n’avait pas encore atteint la Guerre Froide, où le mur de Berlin séparait inlassablement les peuples et où l’Union européenne ne comptait que douze États membres, le programme Erasmus était déjà  là , créant des ponts de part et d’autres de notre continent. Vingt-six ans plus tard, à  l’heure de la crise de cette même Union européenne et des grands débats animés à  Bruxelles, qu’est-il advenu de ce programme emblématique? Tout au long de son existence et de son intégration aux différents programmes d’éducation européens, Erasmus a démontré son efficacité et sa popularité et ne demande qu’à  s’élargir. Mais à  l’aube des nouvelles réformes prévues pour 2014, comment évoluera ce système ayant permis jusqu’à  maintenant à  près de trois millions de personnes d’étudier au sein d’une culture différente?

 

Tous les sept ans, un nouveau programme

L’actuel programme qui inclut Erasmus, «Education et formation tout au long de la vie» (LLP) et trois autres sous-programmes dans les domaines de l’enseignement primaire et secondaire, de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes, prendra fin cette année.

 

De ce fait, la Commission européenne en a proposé un nouveau pour la période 2014-2020, nommé «Erasmus pour tous». Ce programme ambitieux comprend plusieurs objectifs et améliorations de la situation actuelle. Tout d’abord, et comme son nom l’indique, il vise à  rendre le privilège de la mobilité plus accessible. C’est ainsi que presque le double, à  savoir cinq millions d’étudiants, d’apprentis, d’enseignants et d’employés auront la possibilité de renforcer leurs compétences à  l’étranger. Mais «Erasmus pour tous», comme son nom ne l’indique pas, représente bien plus qu’un programme de mobilité. À lui seul, il remplacera bientôt tous les programmes européens existants pour l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport, tels que le LLP cité précédemment, «Jeunesse en Action», «Erasmus Mundus», ou encore «Tempus».

 

Une fois établi, le nouveau programme se divisera en trois volets. Premièrement et principalement, la mobilité individuelle partout en Europe, et même au-delà . Ensuite, l’établissement d’une coopération active entre l’enseignement, les autorités locales, les ONG et les entreprises, dans un but d’innovation et d’échange de bonnes pratiques. Finalement, le soutien de réformes politiques dans le domaine de l’éducation et l’élaboration d’études transnationales.

 

Les avantages de ce programme

La transition vers «Erasmus pour tous» ne changera pas l’objectif premier qu’ont poursuivi les générations précédentes, à  savoir moderniser l’enseignement et la formation, de sorte à  améliorer les aptitudes professionnelles et l’employabilité des européens. En rassemblant les programmes existants, le nouveau programme vise à  gagner en efficacité. Les chevauchements et fragmentations actuels seront ainsi diminués au profit de procédures simplifiées.

 

Quelques nouveautés sont néanmoins au programme, nous informe Florence Balthasar : «La création par exemple d’alliances entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises. Afin de favoriser l’innovation et l’esprit d’entreprise et ainsi permettre une meilleure transition vers le monde du travail.» Mais encore, des projets de coopération entre plusieurs acteurs de la formation professionnelle pour développer des programmes ou méthodes d’apprentissage dans un secteur spécifique.

 

Un processus en marche

L’adoption et le démarrage d’un programme aussi conséquent relèvent d’un long processus. Ainsi, la proposition émise par la Commission européenne doit être examinée à  la fois par le Conseil des Ministres et par le Parlement européen. Ces deux étapes ont déjà  été menées à  bien en mai et en novembre 2012. Cette nouvelle année a donc vu s’amorcer la dernière phase, à  savoir un trilogue entre ces trois institutions.

 

Florence Balthasar nous apprend que la première phase de ce trilogue s’est bien passée. L’architecture et l’essence même du nouveau programme mettraient ainsi tout le monde d’accord. Un objet de discorde a toutefois fait surface: son nom. Le Parlement européen s’oppose au titre «Erasmus pour tous», qui fait uniquement référence au secteur de l’enseignement supérieur. Il s’oppose également à  l’abandon, proposé par la Commission européenne, des noms actuels des autres sous-programmes du LLP, soit «Leonardo da Vinci», «Comenius» et «Grundtvig». Madame Balthasar nous explique que le choix d’ «Erasmus pour tous» est apparu être le plus adéquat au vu de la popularité et de la notoriété de ce programme. Une solution à  cette divergence d’opinions serait de retenir le nom «Erasmus pour tous», tout en maintenant les dénominations actuelles des différents sous-programmes.

 

Le dernier point délicat à  débattre reste le budget. Le programme LLP avait obtenu un financement de sept milliards d’euros sur une période de sept ans. Mais celui en cours d’élaboration, du fait qu’il englobera tous les programmes d’éducation européens existants, a estimé ses besoins à  dix-neuf milliards d’euros pour la même durée. Ce chiffre, qui représente moins de 2% du budget global européen, obtiendra-t-il bénédiction ou subira-t-il d’importantes réductions dues à  la crise? Les prochains mois seront décisifs.

 

Et la Suisse dans tout ça ?

La Suisse participe pleinement aux programmes européens d’éducation, de formation et de jeunesse depuis 2011. Ainsi, comme l’indique un communiqué de presse du Secrétariat d’Etat à  la formation, à  la recherche et à  l’innovation (SEFRI), «plus de 6000 participants suisses ont bénéficié d’activités de mobilité en Europe pour la seule année 2011». Mais pour ce faire, et étant donné que notre confédération n’est pas membre de l’Union européenne, elle a signé un accord bilatéral qui devra être renouvelé pour la période 2014-2020. Dès qu’«Erasmus pour tous» sera adopté au niveau européen, les négociations pourront commencer. En attendant, le Conseil Fédéral a récemment transmis aux Chambres fédérales une requête de 300 millions de francs visant à  garantir le financement de la participation de la Suisse à  ce programme. La Fondation ch pour la collaboration confédérale continuera à  s’occuper de la gestion du programme comme elle le fait actuellement pour le LLP.

 

L’avenir de la mobilité européenne semble bien tracé. Le programme «Erasmus pour tous», sous ce nom ou sous un autre, reprendra le flambeau d’une Europe qui se veut unie. Déjà  au 15ème siècle, Erasme de Rotterdam, écrivain et humaniste militant pour la paix en Europe, a voyagé à  travers le continent dans une perspective d’enrichissement intellectuel et d’union des peuples. Si l’Union européenne s’en est inspirée pour nommer le programme qui nous intéresse, espérons qu’elle donnera les moyens à  ce nouveau projet d’atteindre des objectifs qui paraissaient autrefois utopiques.

Links

  • Pour en savoir plus :
  • . http://ec.europa.eu/education/erasmus-for-all
  • . http://www.ch-go.ch
  • . http://www.sbfi.admin.ch/index.html?lang=fr
  • . http://www.swisscore.org
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