Politique | 05.03.2013

Ecouter les jeunes

Texte de Joëlle Misson | Photos de My Lien Nguyen
Les jeunes Suisses n'ont pas tous les mêmes droits et l'inégalité de traitement de la jeunesse règne entre les 26 cantons suisses. L'initiative Amherd soutenue par diverses associations faîtières en faveur de la jeunesse veut palier à  cela.
Des jeunes de toute la Suisse durant la Session Fédérale des Jeunes à  Berne, en novembre 2012.
Photo: My Lien Nguyen

Le 22 février prenait fin la procédure de consultation du projet Amherd (07.402), proposition d’un article constitutionnel sur la politique de l’enfance et de la jeunesse. A l’origine de cette initiative, une constatation: beaucoup de cantons suisses n’ont pas encore défini de règles concernant la politique de l’enfance et de la jeunesse. Le projet, déposé le 12 mars 2007 par des associations faîtières d’enfants et de jeunes telles que le CSAJ, l’AFAJ, Lobby Enfants Suisse et la FSPJ (définitions en fin de texte), demande l’inscription de standards minimaux de politique jeunesse dans la Constitution suisse.

 

Instaurer un standard minimal

Mais à  quoi servirait cette inscription de loi au niveau fédéral? “Ce sont les cantons qui sont en charge des questions de la protection, de l’encouragement et de la participation de la jeunesse. Le problème, c’est que beaucoup n’ont aucune base pour agir dans ce domaine”, regrette Emilie Graff, cheffe du domaine politique au CSAJ. Un standard minimal permettrait par exemple d’aboutir à  la création de postes de délégués à  la jeunesse, comme c’est déjà  le cas dans beaucoup de cantons romands notamment.

 

Alors que demandent les dépositaires de l’initiative parlementaire? “Nous aimerions que chaque canton se mette d’accord sur une base: permettre la participation des jeunes à  la vie cantonale, soutenir les activités extra-scolaires, les associations de jeunes, les centres de loisirs”, poursuit Emilie Graff. Le minimun consisterait à  mettre en place des structures telles que les déléguations de jeunes.

 

Protéger, encourager, participer

Trois volets principaux composent la politique jeunesse telle que définie dans un rapport du Conseil Fédéral en 2008: la protection, l’encouragement et la participation. La protection, contre toutes formes de violence, est généralement bien légiférée dans les cantons. Les domaines concernant l’encouragement et la participation semblent au contraire plutôt en rade. “En matière d’encouragement, nous entendons le soutien aux activités de jeunesse.” Et la participation? “Il s’agit de la possibilité pour les jeunes d’être entendus et de s’exprimer sur des sujets qui les concernent.” Non seulement au niveau individuel, comme dans le cas d’un divorce des parents, mais aussi au niveau collectif, celui de la société.

 

La Suisse déjà  interpellée par l’ONU

Ce qui risque bien de faire bouger la Suisse dans ce sens c’est la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) dont elle est signataire depuis 1997. Elle a depuis également ratifié les deux protocoles facultatifs en 2000 et 2006. Elle montre par là  vouloir s’investir activement pour l’écoute de l’enfance et de la jeunesse.

 

Bien que la Suisse possède une note de 9,23/10 et se trouve donc dans une “bonne situation” quant aux standards de la Convention, de nombreux domaines restent à  améliorer. La plupart touche étonnamment au domaine de la protection comme la maltraitance, les discriminations, le suicide ou la pauvreté. La Suisse reste l’un des seuls pays occidentaux à  n’avoir pas mis en place de programme national de prévention du suicide, alors qu’elle est l’un des pays où il s’en produit le plus, selon le site internet de la CIDE. La Suisse a déjà  été interpellée par l’ONU sur ces questions.

 

La participation de la jeunesse aux décisions qui la concerne est aussi en rade, selon la CIDE. Notamment en matière de justice, où dans les faits les enfants sont rarement entendus par le juge alors qu’ils ont le droit de l’être. Mais aussi en matière de scolarité par exemple…

 

Consulter les jeunes

Comment aller de l’avant? Cette initiative contribuera sûrement à  l’amélioration de l’intégration de la jeunesse dans les procédures décisionnelles de la Suisse. Pour Emilie Graff, il s’agit aussi “d’agir localement en mettant en place des interlocuteurs, en consultant les jeunes au travers de projets, en les interrogeant sur les questions de société qui les concernent.”

 

Le Canton de Vaud a récemment mis en place un Conseil des Jeunes dont l’impact est déjà  mesurable. Ce Conseil a statué sur la révision de la loi scolaire LEO en demandant de créer un système de conseil de jeunes dans chaque école. Cette proposition a été reprise par les instances politiques cantonales. “Les cantons romands sont de manière générale en avance sur leurs voisins suisses-alémaniques concernant ces questions de politique jeunesse”, conclut Emilie Graff.

 

 


Lexique

CSAJ: Conseil suisse des Activités de Jeunesse

AFAJ: Association faîtière suisse pour l’animation enfance et jeunesse en milieu couvert

FSPJ: Fédération suisse des Parlements de Jeunes