Culture | 12.03.2013

Du négligé maîtrisé

20h15, la nouvelle salle du Caprices Festival appelée «The Moon» s'éveille gentiment. Quelques fans sont déjà  la pour la prestation à  venir. Tout est encore calme, presque endormi sous la nappe stagnante de fumigènes.
Bien que terriblement court, ce voyage a transporté la foule dans un monde de rêve et de poésie d'une Angleterre parfaite.
Photo: © Mélissa Burnier

N’en déplaise aux détracteurs, l’auteur-compositeur-interprète Peter Daniell Doherty, venu tout droit du Royaume-Uni, est dans les temps! L’ex-leader des Libertines et des Babyshambles apparaît magiquement des volutes de fumigènes sous les acclamations des fans des premiers rangs. La salle encore un peu vide lui fait un chaleureux accueil et il le lui rend bien avec un petit sourire presque gêné.

 

Début en douceur

L’icône du renouveau du rock indie, accompagné d’une violoniste, commence paisiblement son premier morceau. L’heure n’est pas encore aux concerts endiablés, une guitare et un violon sont les seuls instruments pour cet événement.

 

La foule s’ammasse gentiment, envoûtée par le charme de la poésie anglaise du dandy. On se retrouve bercé par les morceaux des Libertines mais aussi des compositions solos et quelques pistes inédites.

 

Anywhere in Albion…

S’il y a une chose à  retenir de cette prestation, c’est l’attention du public face à  cet homme, seul musicien sur scène, bien qu’accompagné par deux danseuses classiques et parfois d’une violoniste. Pas de «pogo», pas de danse, juste un voyage onirique dans le pays d’Albion, pays imaginaire où les spectateurs sont emportés et absorbés par ce qu’ils voient, mais aussi et surtout par ce qui parvient à  leurs oreilles.

 

Pete est fidèle à  sa réputation. La voix qui déraille, beaucoup d’improvisation à  la guitare avec un rythme qui accélère et décélère sans arrêt. Dit comme cela, on pourrait imaginer la catastrophe. Mais c’est ici qu’on comprend le génie du personnage. Doherty maîtrise à  merveille l’aspect «négligé» de ses prestations.

 

Doherty captive

Petit bémol cependant du côté du son. Les ingénieurs ont visiblement oublié que les réglages se font selon l’artiste et qu’il faudrait, si possible, éviter les saturations. Lors des envolées nonchalantes et décousues de Peter, les aigus ont tendances à  martyriser les oreilles et c’est fort regrettable.

 

Les chansons s’enchaînent et le public, toujours aussi captivé par les moindres notes de Sir Doherty, s’enflammera sur Don’t Look Back Into The Sun et The Last Of The English Roses.

 

Pas de jeux de lumières, mais c’est ce qui fait le charme de ce concert! Une exemplaire sobriété (sans mauvais jeux de mots) sublimée par nos deux danseuses en tutu.

 

Fin bâclée

Quelle abrupte fin lorsque s’achève The Last Of The English Roses, tube de son album solo, après environ trois quarts d’heure. Pas de place aux rappels, aussitôt après la sortie de scène, le staff est déjà  la pour ranger l’installation. Il faut avouer que tenir au moins l’heure n’aurait pas été du luxe! La frustration se répand vite dans toute la salle.

 

Bien que terriblement court, ce voyage a transporté la foule dans un monde de rêve et de poésie d’une Angleterre parfaite. Il faut reconnaître que séduire le public du Caprices avec rien qu’une guitare relève de la performance!