Culture | 05.03.2013

Des bars qui fâchent

Les jeunes de la cité de Calvin étaient invités samedi soir à  manifester pour protester contre la fermeture à  minuit de certains bars de la ville.
Les bars frappés par l'interdiction ont formé un recours et le Scom doit statuer dans la semaine sur la validité de ce dernier. Photo d'illustration: Lea Maria Kiehlmeier, youthmedia.eu

«La jeunesse d’aujourd’hui est pourrie jusqu’aux tréfonds, mauvaise, irréligieuse et paresseuse. Elle ne sera jamais comme la jeunesse du passé et sera incapable de préserver notre civilisation.» Cette sentence a été écrite sur une tablette d’argile babylonienne vieille de plus de trois mille ans. Comme quoi la critique de la jeunesse ne date pas d’hier.

 

Quelques milliers d’années plus tard, fin janvier 2013, un groupe de locataires d’une rue bruyante dépose une pétition aux autorités genevoises. Le but? Se plaindre des nuisances sonores de la rue de l’Ecole de Médecine, l’un des derniers symboles de la nuit genevoise. La réaction ne se fait pas attendre: le Scom, Service du Commerce, refuse mi-février la demande annuelle de prolongation d’exploitation de 28 bars genevois. Résultat: une fermeture à  minuit au lieu de deux heures pour ces derniers. Un problème réel, celui des nuisances sonores, mais une solution qui crée la polémique. Après la fermeture d’Artamis en juin 2010, une seconde restriction des lieux de fête fait grincer des dents. La rue de l’Ecole de Médecine, Carouge et la Vieille Ville sont touchés.

 

Double jeu

On pourrait dénoncer, au niveau de l’Ecole de médecine, un double jeu de la Ville de Genève. En 2010, la commune décide de réaménager la rue en y construisant des trottoirs très larges, pour que les bars puissent y placer des terrasses. Trois ans plus tard, l’administration punit arbitrairement plusieurs bars de la rue pour leurs nuisances sonores, dues aux fêtards stationnant sur ces mêmes trottoirs.

 

«Le problème est beaucoup plus complexe que ce que les gens pensent» clame Robert, 20 ans, étudiant à  Genève, lors de la manifestation de protestation organisée le 2 mars par un groupe de jeunes; «c‘est celui du logement, du coût élevé de la vie avant d’être celui de la fête et de la jeunesse». Son voisin renchérit: «C’est dommage que cela tourne au conflit intergénérationnel. Comme d’habitude, on stigmatise les jeunes alors que d’autres moins jeunes aiment aussi profiter de leurs soirées.»

 

Une vraie solution?

Mais cette manifestation, était-elle vraiment utile? «Non, mais elle part de bonnes intentions: montrer que nous ne sommes pas d’accord avec cette décision injuste», répond Yohan, 19 ans, élève à  l’ECG (Ecole de Culture Générale). Certains bars de l’Ecole-de-Médecine avaient déjà  décidé d’agir: ils ont embauché de leur propre initiative des «chuchoteurs» qui patrouillent sur les trottoirs dans le but de diminuer le bruit.

 

On peut se demander si cette décision est bien une solution et ne créera pas de nouveaux problèmes. Après la fermeture des bars, les jeunes ne rentreront sans doute pas chez eux. Les rues et les parcs verront affluer ceux qui, chassés des lieux de fête traditionnels, chercheront d’autres endroits pour continuer leur soirée. Les riverains se plaignent du bruit et du vandalisme. Certes, c’est un fait. Mais on peut être sûr que ce ne sont pas les jeunes dans les bars, mais bien les jeunes en dehors qui indisposent les voisins. Fermer ces lieux plus tôt impliquera probablement de jeter plus de jeunes dans les rues en créant plus de nuisances.

 

 


Le fin mot de l’histoire?

Les 28 bars concernés par la restriction d’exploitation ont formé un recours contre la sentence du Service du Commerce. Ce dernier a annoncé le lundi 4 mars sa décision de finalement accorder à  25 de ces établissements (deux ayant renoncé à  demander une prolongation d’horaires, et un dernier cas restant à  traiter) la dérogation leur permettant d’ouvrir au-delà  de minuit. Pour la majorité des bars concernés, cette dérogation est valable trois mois au-delà  desquels la situation des établissements devra être réexaminée. Le Scom s’est déclaré sensible aux « garanties concrètes fournies par chacun des exploitants« , notamment l’engagement de chuchoteurs  et la fin du service au bar 30 minutes avant la fermeture de l’établissement. Un pas encourageant pour l’instauration d’un dialogue durable entre les autorités et les acteurs de la vie nocturne genevoise.