Culture | 11.03.2013

Combat de femmes

Texte de Anne Maron
Lorsqu'être une femme devient un combat, c'est toute la question de la dignité humaine qui est mise en lumière. Celle des femmes bien sûr, mais aussi celle des hommes. A l'occasion de la Journée de la Femme le 8 mars dernier, le Festival International de Film et Forum sur les Droits Humains (FIFDH) est revenu sur la situation des femmes à  travers le monde.
Dans son film "Difficult love", Zanele Muholi prend le parti méconnu des femmes lesbiennes en Afrique du Sud. Comme dans le documentaire "Nos seins, nos armes" de Caroline Fourest et Nadia El Fani, les membres actives du collectif Femen n'hésitent pas à  enlever le haut pour faire entendre leurs revendications. Photos: FIFDH

De l’amour

Des baisers, des corps enlacés, de la tendresse. Au féminin. Voilà  ce que montrent les photographies de Zanele Muholi, artiste activiste sud-africaine et homosexuelle, qui lutte pour la cause des lesbiennes en Afrique du Sud. Dans son film Difficult Love, Muholi met en avant l’intolérance et la violence d’une partie de la population africaine qui considère l’homosexualité comme un «comportement de Blanc». Ces femmes sont alors rejetées, mises à  la rue et certains hommes n’hésitent pas à  pousser le traumatisme à  son paroxysme en perpétrant des viols correctifs dans le but de les «guérir».

 

Pourtant, les images de Difficult Love témoignent de l’amour entre deux personnes qui ne sont plus alors considérées comme des lesbiennes mais comme des femmes avant tout, belles et souriantes.

 

 

De la souffrance

Si Zanele Muholi attire l’attention sur la condition des femmes lesbiennes, l’intimité de toute femme peut être meurtrie. Les mariages forcés sont encore courants dans de nombreuses régions du monde comme en Inde ou en Afrique subsaharienne, où la virginité d’une jeune fille est un produit d’échange. Le viol est parfois utilisé en tant que véritable arme de guerre, comme l’illustre le film de Sam Farmar Congo: Nation of vice. Ceux qui «utilisent le corps de la femme comme un champ de bataille» selon Mme Bineta Diop, fondatrice de Femmes Africa Solidarité, deviennent alors les bourreaux de toute une famille.

 

Après les tortures physiques, viennent les souffrances morales. Dans le film Outlawed in Pakistan, les réalisatrices Hilke Schellman et Habiba Nosheen suivent le parcours de la jeune Kainat, violée à  14 ans par quatre hommes. Les insultes, les menaces de mort, puis la fuite. C’est la vie de toute une famille qui bascule désormais pour affronter les systèmes politiques et judiciaires corrompus de son pays, afin que justice soit rendue. Alors que la jeune fille aurait dû être considérée comme une victime, tout est mis en Š«uvre pour qu’elle ressente la culpabilité de ce qui lui est arrivé.

 

Ses bourreaux iront jusqu’à  falsifier les témoignages et à  s’attaquer aux membres de sa famille pour que ce viol se perde dans l’oubli. «Le piège en regardant ce film est de penser que c’est une affaire de l’Autre», a déclaré Coline de Senarclens, membre du collectif Sluwalk Suisse, durant le débat qui a suivi la projection. En effet, l’histoire de Kainat n’est pas une histoire parmi d’autres. Elle est le porte-voix de milliers de femmes et jeunes filles du monde entier, au Nord comme au Sud, qui subissent des violences sexuelles.

 

 

De la révolte

Pourtant, les femmes ne comptent pas se laisser abattre. Un peu partout, des associations féministes se forment pour défendre leurs droits: les Pink Saris en Inde, le collectif de la Slutwalk au Canada et en Suisse et bien sûr le groupe très médiatisé des Femen. Présente au FIFDH, l’une des égéries du mouvement, Inna Shevchenko, militante ukrainienne actuellement en fuite, a reçu un accueil très chaleureux et enthousiaste suite à  la projection du documentaire Nos seins, nos armes de Caroline Fourest et Nadia El Fani.

 

Pour promouvoir le droit des femmes mais aussi la démocratie et les libertés dans le monde entier, les membres actives de Femen n’hésitent pas à  enlever le haut et à  crier leur rage avec des actions «choc» mais pacifistes lors de manifestations diverses. Mais l’idée n’est pas de féminiser la société ni d’écarter les hommes de la course. Il s’agit simplement de faire reconnaître l’égalité entre les deux sexes. Si ce mouvement apolitique né en Ukraine en 2008 a lieu principalement dans la rue, c’est qu’il est de la responsabilité de tous de faire changer les choses. Et avec de plus en plus de membres au sein de cette armée féminine, comme l’a déclaré Zanele Muholi: «The fight is not over» (le combat n’est pas fini).