Culture | 05.03.2013

Ai Weiwei, l’art de la dissidence

Texte de Anne Maron | Photos de FIFDH
Présent virtuellement en tant que membre du jury au Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) Ai Weiwei est l'un des artistes emblématiques de la contestation chinoise.
Symbole de l'oeuvre d'Ai Weiwei, la série de photographies "Etudes de perspectives" représente un doigt d'honneur devant de grands monuments.
Photo: FIFDH

De l’art…

A travers son travail, Ai Weiwei joue avec la frontière entre art et politique. Si bien que le pouvoir médiatique du personnage semble avoir désormais plus de poids que la réelle valeur artistique de ses Š«uvres. On pense notamment à  sa série de photographies: «Etudes de perspectives» qui représente un doigt d’honneur devant plusieurs monuments mondialement reconnus: la Maison Blanche, l’Opéra de Sydney, la Tour Eiffel, mais aussi et surtout, la place Tiananmen de Pékin. Bien souvent, c’est la suprématie du gouvernement que l’artiste critique.

 

Pourtant, certains voient le personnage d’un Š«il un peu sceptique: quelques mois avant d’appeler au boycott des Jeux de Pékin en 2008, il avait travaillé pour le gouvernement qu’il fustige tant en participant notamment à  la conception du Stade olympique…

 

…et de la politique

Mais Ai Weiwei n’est pas seulement un provocateur. A 55 ans, il a déjà  mené plusieurs combats pour les libertés, les droits de l’homme et la démocratie. L’artiste a fait une grève de la faim après les évènements de Tiananmen en 1989 et fait également partie des 303 signataires de la Charte 08 (manifeste promouvant la réforme politique et le mouvement démocratique chinois, ndlr). Un certain nombre de ces signataires sont d’ailleurs aujourd’hui enfermés comme Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix en 2010, et à  qui le FIFDH rend hommage cette année.

 

Les limites de l’expression

Très présent sur internet à  défaut de pouvoir s’exprimer librement dans son propre pays, Weiwei n’échappe pourtant pas aux sanctions politiques: menaces en tout genre, fermeture des sites internet, atelier brûlé… Il est même victime de coups et blessures par des hommes de main. En 2011, on lui interdit de quitter le territoire et il est détenu dans un lieu secret pour «évasion fiscale» selon la police de Pékin. C’en est assez pour soulever un vent de protestation dans le monde de l’art qui réclame alors sa libération.

 

Ai Weiwei a finalement été libéré l’année dernière, après plusieurs mois de détention, au prix d’une liberté de parole et d’intervention très limitée.  Même à  distance, faire parti du jury du FIFDH reste pour lui un acte courageux mais qui prouve également sa charismatique détermination. Il aime d’ailleurs à  dire qu’il est un artiste qui cherche toujours ce qui est possible.

 

Le FIFDH lui rend hommage au travers de plusieurs films présentés durant le festival: Artivist d’Andrew Tkach (mercredi 6 et jeudi 7 mars) et Never Sorry d’Alyson Klayman (jeudi 7 mars).