Culture | 19.02.2013

Mamie vend de la chnouf!

Texte de Zeina Takache | Photos de Gaumont Distribution
Lorsqu'elle entend parler de trafic de drogue et du blé qu'elle pourrait se fourrer dans les poches, une mamie n'hésite pas à  partir à  la rencontre des jeunes dealers pour leur proposer ses services.
Quand mamie se reconvertit en dealeuse de drogue.
Photo: Gaumont Distribution

Le quartier où vit Paulette, héroïne de cette comédie éponyme, est devenu, avec les années, une cité où HLM, verlan et jeunes banlieusards font partie du même vocabulaire. Suite à  la perte de son commerce pâtissier quelques années après la mort de son mari, Paulette vit difficilement avec la rente vieillesse qu’elle perçoit.

 

Aussi, lorsqu’elle entend parler d’une rumeur de trafic de drogue dans le coin et du blé qu’elle pourrait se fourrer dans les poches, Paulette n’hésite pas à  partir à  la rencontre des jeunes dealers pour leur proposer ses services, tant pâtissiers que commerciaux. Commence alors le mythe de «Mamie la défonce» avec comme clientèle tous ceux qui cherchent à  se faire un petit spliff avec les gâteaux de mamie.

 

Une actrice accomplie

Révélée par Claude Chabrol (Le beau Serge, 1957) et François Truffaut (Une belle fille comme moi, 1972), à  74 ans, Bernadette Lafont signe dans Paulette une interprétation surprenante et maîtrisée. Sous la direction du réalisateur Jérôme Enrico (assistant-réalisateur de La Reine Margot, 1993), l’actrice devient Paulette, une femme raciste, bourrue, aigre et enlaidie par les évènements que le temps lui a fait traverser.

 

Les 55 ans de carrière de l’actrice ne laissent pas le jeu ignorant des influences de l’expérience. L’adaptation cinématographique tirée de faits réels est comique, déjantée, touchante et inattendue. Toutefois, l’histoire ne déroge pas à  la règle des comédies, puisque l’étiquette du «happy end» se ressent durant et avant la fin du film, bien que celle-ci soit originale.

 

Paulette casse le cliché

Au jour où le deal de drogue semble une image couramment associée aux jeunes «caill-ra» et étrangers des quartiers défavorisés, Paulette donne une bonne claque au public et relate avec légèreté une réalité méconnue: celle de ces personnes du troisième âge, qui, parquées à  la périphérie de la société, se mettent à  dealer de la drogue pour continuer à  respirer dans le monde où le système a bien voulu les faire vivre.

 

Décalé, drôle, original et inattendu, ce film à  thématique sociale est à  l’affiche suisse depuis bientôt un mois et marque une des meilleurs sorties cinématographiques françaises de 2012 qu’il nous ait été donné de voir.