Culture | 12.02.2013

L’énergie indécente d’Awolnation

Après avoir joué pour nos compatriotes d'outre-Sarine en juin à  Zürich, Awolnation est venu pour la première fois en Suisse romande, au Centre culturel Ebullition, à  Bulle. L'occasion d'un petit tête-à -tête avec Aaron Bruno, initiateur du projet Megalithic Symphony.
Megalithic Symphony, produit par Redbull Records est profondément emprunt de la personnalité forte et insouciante d'Aaron Bruno, créateur du projet. Photo : Stéphane Schmutz / www.stemutz.ch

D’Awolnation on connaît surtout Sail, disque de platine aux Etats-Unis. Sa renommée est fortement due au base jumper Jeb Corliss pour l’avoir utilisée dans l’une de ses vidéos tournée en Suisse, qui comptabilise désormais plus de vingt millions de vues sur Youtube. Mais Awolnation c’est également un album, Megalithic Symphony, produit par Redbull Records et profondément emprunt de la personnalité forte et insouciante d’Aaron Bruno, créateur du projet.

 

Aaron, lorsque Redbull Records a pris contact avec vous, vous étiez seul. Quand avez-vous décidé de former un groupe ?

J’écrivais des chansons depuis longtemps. Certaines personnes s’y sont intéressées et y ont vu du potentiel. J’ai donc rappelé Drew, le guitariste, que je connaissais depuis le collège et avec qui j’avais déjà  joué auparavant. J’ai connu les autres musiciens au détour de mon travail, en studio ou ailleurs. Au début, ces enregistrements étaient pour moi une forme d’expression personnelle jusqu’à  ce que je réalise que finalement, cela pouvait plaire à  un plus grand nombre. Je ne prenais pas cela au sérieux, j’ai donc été très chanceux que des gens s’intéressent à  moi.

 

 

Comment se passe la collaboration avec les musiciens ?

J’ai composé seul. C’est donc plus un album personnel, que je joue avec le groupe, qu’un véritable travail de mise en commun. Je suis l’architecte et le directeur du projet mais je ne dirige personne. Chacun a sa place et se sent intégré. Nous sommes une famille! Ceux qui m’accompagnent respectent mes chansons et mettent toute leur énergie dans ce qu’ils font.

 

 

L’album est plein de références à  l’ADHD (trouble du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité), comment ce trouble influence-t-il votre musique ?

J’ai été diagnostiqué hyperactif lorsque j’étais enfant. On m’a prescrit de la ritaline que j’ai pris durant une semaine avant d’arrêter. Aux Etats-Unis, on diagnostique l’hyperactivité de manière très approximative à  beaucoup de gens qui l’utilisent ensuite comme une excuse dans leur quotidien alors que d’autres souffrent d’un ADHD extrême. La médication peut aider, mais ce n’était pas pour moi. Parfois les parents s’inquiètent lorsque leur enfant ne peut pas se concentrer sur quelque chose mais peut-être qu’ils ne sont simplement pas intéressés! A l’école, avec ou sans ADHD, cela ne changeait rien pour moi: je pensais constamment à  mes chansons et à  comment les améliorer, pas à  des cours que je jugeais inutiles.

 

 

Vous parlez beaucoup de l’immédiateté de la vie et de l’impulsivité (Kill your heroes ou Burn it down par exemple). Pourquoi est-ce si important pour vous de vivre le moment présent sans penser au lendemain?

La plupart des chansons ne sont pas à  prendre littéralement, ce sont souvent des métaphores. Parfois, on a juste envie de tout arrêter et de tout brûler, sans le faire pour autant! Kill your heroes parle de meurtre et de l’idée d’arrêter d’idolâtrer n’importe qui sans raison, ou de célébrer les mauvaises personnes que la société nous présente. Essaie d’être ton propre héros, de poursuivre tes propres rêves, que ce soit avec ton ADHD et avec tout ce qui te constitue. Nous n’avons pas le choix, nous sommes ce que nous sommes.

 

 

Vous parlez également d’une femme qui est une sorte de victime de votre personnalité débordante, présentez-vous là  des excuses ?

Non, c’est ma manière de dire que nous traversons des périodes difficiles, que j’ai peut-être eu tort. Mais je pense que c’est compliqué pour tout le monde de reconnaître ses erreurs face à  ses proches. Lorsque j’ai écrit Not your fault, j’avais besoin de prendre mes responsabilités et d’admettre que j’étais la cause de pas mal de problèmes.

 

 

Pensez-vous sortir un second album ?

Oui, je ne cesse jamais d’écrire. Si on aime écrire, et plus généralement si on aime la musique, on ne cesse jamais complètement. Quand le moment sera venu, que je sentirai que le public est prêt pour un second album, alors je le sortirai.

 

 

Un petit mot pour votre public suisse ?

Je n’ai rien de spécial à  dire, c’est plutôt un sentiment spécial que j’ai pour la Suisse. Je sais que c’est très «basique» de dire ça mais c’est vrai; les gens ici sont adorables et attachants. Lors de notre dernier concert à  Zurich, l’ambiance était excitante, très intime, c’était complètement fou. Le public a chanté et dansé à  en perdre la raison. Je sens que le show de ce soir sera très similaire. C’est tellement touchant lorsque l’on joue dans un pays étranger et que le public connaît chaque mot de chaque morceau!

 

Comme je l’ai dit plus tôt, lorsque j’ai composé, je ne pensais pas du tout que les gens s’intéresseraient à  ce que je faisais, alors arriver à  ce point, jouer à  guichet fermé devant un tel public, c’est tout simplement mon rêve devenu réalité. Donc merci! Merci à  tous ceux qui sont présents ce soir et à  tous les autres.

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