Culture | 05.02.2013

Dans la peau d’un jeune juré

Le Festival Black Movie 2013 s'est terminé le 27 janvier, après de nombreuses découvertes artistiques, belles, déroutantes, incroyables ou carrément loufoques. Retour sur une semaine rythmée par des films du monde entier au travers de l'expérience vécue par le Jury des Jeunes du Black Movie.
Huit jeunes issus du post-obligatoire composaient le Jury des Jeunes du Black Movie 2013.
Photo: DR "Guerra Civil", du portugais Pedro Caldas, a été primé par le Jury des Jeunes au côté de "Heart's Boomerang" de Nikolay Komekhiri. Festival Black Movie

J’aimerais vous présenter ce festival tel que je l’ai vécu, dans une perspective spéciale, différente de celle du spectateur, du bénévole ou de l’organisateur. Le prix du Jury des Jeunes est un prix de 1000 francs dotés par le Département de la cohésion sociale et de la solidarité de la Ville de Genève. Mais ce sont surtout huit élèves du post-obligatoire, onze films en compétition et des débats acharnés entre les jeunes jurés afin de récompenser la meilleure des Š«uvres proposées.

 

De la formation aux projections

L’aventure commence par un week end de formation en amont du festival, afin que les jeunes jurés aquièrent quelques connaissances de base sur le cinéma. Le premier film que l’on nous montre est un film muet en noir et blanc des années 30. Nous sommes tous un peu réticents devant cette proposition, mais le film est tout de même lancé. Et la magie opère lorsque huit adolescents regardent sans un bruit, les yeux rivés sur l’écran, une heure et demie d’un film sans son qui les emmène dans une campagne américaine balayée par un vent violent: Le vent de Victor Sjöström, est pour nous la première d’une série d’expériences cinématographiques aussi fortes que déconcertantes.

 

Puis lors du festival, pendant quatre jours, onze films seront regardés, analysés, disséqués. Il nous faut tenter de comprendre les intentions du cinéaste et prendre assez de recul avec nos propres émotions pour savoir si les effets voulus ont été reproduits avec succès. Notre Š«il encore inexpérimenté doit apprendre à  saisir l’esthétisme et la logique d’une image, d’un mouvement.

 

Très vite surgissent des questions auxquelles nous n’avions pas pensé: comment comparer les mérites d’un documentaire et ceux d’une fiction? Faut-il juger un film sur le ressenti ou sur la technique? Quelles sont les limites de la subjectivité et de l’objectivité? La plupart de ces interrogations resteront sans réponse précise.

 

Après la projection, le débat

C’est après les projections que commence la partie la plus passionnante: l’argumentation. Nous sommes huit, il faut convaincre les indécis, mettre en avant les bons arguments au bon moment pour défendre au mieux son coup de cŠ«ur et tenter des compromis sans frustrer son propre avis. Une véritable école de rhétorique que ce Jury des Jeunes, une école de vie où il nous faut apprendre à  ne pas se laisser faire tout en laissant faire les autres; un équilibre souvent difficile à  atteindre. Mais le plus dur viendra en fin de semaine, lorsqu’il ne faudra primer qu’un film.

 

Puis, lorsque les projections ont cessé et que la nuit est déjà  bien avancée, le Macau, bar éphémère du Black Movie, ouvre ses portes. Là -bas, dans une ambiance qui n’a rien à  envier à  la plupart des films visionnés, réalisateurs, critiques professionnels, ou encore organisateurs du festival se mêlent à  une foule de fêtards venus profiter de ce lieu d’exception. L’une des facettes les plus agréables de ce festival est sans doute d’avoir la possibilité de discuter librement avec ces artistes qui, lorsqu’on regarde leurs films, semblent parfois faire partie d’autres sphères, inatteignables pour des adolescents étrangers au milieu du cinéma.

 

Dans quel but?

Mais l’on peut se demander: pourquoi mettre en place un Jury des Jeunes? Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’âge pour être cinéphile, quoique la simple curiosité et l’envie de découverte peuvent suffire pour tenter l’aventure. L’inexpérience est à  la fois notre atout et notre grande faiblesse.

 

Sans connaissances des cinéastes ni de leurs Š«uvres précédentes, le Jury des Jeunes est plus impartial que n’importe quel jury professionnel puisqu’il ne juge que l’Š«uvre projetée. Pas de prix décerné pour l’ensemble d’une carrière. Ce Jury-là  a un regard neuf. Pas d’yeux blasés, trop habitués aux chefs-d’oeuvre pour apprécier un bon film. Mais peut-être sommes-nous trop touchés encore par notre propre ressenti pour juger la technique à  sa juste valeur.

 

Pour les jeunes, l’utilité de ce Jury est claire: former la relève des futurs amoureux de cinéma. Cette expérience permet d’affûter son regard critique par rapport aux banalités que l’on peut souvent voir dans le cinéma de grande distribution.

 

Après de longues et houleuses délibérations, le Jury n’a pas pu, pas réussi à  se mettre d’accord pour primer un seul et unique film. Ce sont donc Guerra Civil, film portugais du réalisateur Pedro Caldas, et Heart’s Boomerang, film russe de Nikolay Komekhiri, qui ont remporté le prix. La diffusion du film portugais étant pour l’instant bloquée à  cause des droits d’auteurs de la bande-son, nous avons décidé de lui donner la récompense afin qu’il puisse, un jour, être projeté dans d’autres salles de cinéma.

 


Envie de tenter l’aventure?

Mon souhait est que cet article vous ait donné l’envie de participer, un jour, à  un tel Jury. Si vous ne faites plus partie du post-obligatoire, pas de panique! Certains autres festivals de cinéma, tel que le Festival International du Film de Locarno, recrutent aussi des jeunes universitaires, tout en imposant une limite d’âge. Il faut bien que ce jury reste «jeune»!