Politique | 25.02.2013

Croisade contre les rémunérations abusives

Sous fond de crise et de morosité économique, la Suisse et donc peut-être toi, cher lecteur, votera le 3 mars prochain sur l'initiative Minder.
Et si la Suisse devenait un exemple de justice salariale? C'est l'espoir des défenseurs de l'initiative Minder, qui sera soumise à  votation le 3 mars prochain.
Photo: Archives de la Confédération suisse

Deux textes proposés, une seule cible: les managers d’entreprises cotées en bourse dont les salaires mirobolants affolent l’opinion publique depuis quelques années. Selon le journal «Le Temps», 260 entreprises seraient concernées en Suisse. Thomas Minder et avec lui 57% de la population de notre pays, selon un récent sondage du «Sonntagsblick», se prononcent en faveur d’une meilleure régulation des rémunérations des dirigeants d’entreprises.

 

L’initiative propose des solutions radicales, trop radicales selon ses détracteurs: les actionnaires des entreprises devraient voter chaque année la somme globale des salaires de leurs dirigeants, on interdirait les primes d’arrivée et de départ, les fameux parachutes dorés. Attention, pour les managers tentés d’enfreindre cette loi, des sanctions pénales sont prévues: direction la case prison!

 

Le contre-projet, pour sa part présenté par le Parlement, est supposé éviter les prétendus excès de l’initiative Minder. Ce projet prévoit que le vote des actionnaires ne soit uniquement consultatif pour l’entreprise. L’interdiction de «golden hello» et autres parachutes dorés pourrait être contournée et à  l’infraction de cette loi répondraient des amendes, mais en aucun cas la prison. Le contre-projet est critiqué par les défenseurs de l’initiative pour être trop laxiste et inefficace contrairement à  ladite initiative. C’est vrai que nous sommes en droit de se demander: qu’est ce qui motivera les grands patrons à  suivre les plates recommandations que le contre-projet émet? Les sanctions pécuniaires, eux qui touchent des millions par année?

 

Qui vote quoi?

Le Parti Socialiste et les Verts soutiennent, bien sûr, l’initiative, mais à  la surprise générale, cette dernière commence à  diviser les partis de droite: l’UDC et le PDC hésitent dans une direction uniforme à  prendre, alors que les sections valaisannes, zurichoises et argoviennes de l’UDC et la section vaudoise du PDC se sont déclarées en faveur de l’initiative.

 

Pour ce qui est du contre-projet, toutes les Jeunesses de droite, jeunes UDC, Verts Libéraux, PLR et PDC se sont proclamées contre la rigidité du projet Minder. Le hic? Ces organisations admettent avoir reçu un soutien financier d’economiesuisse, lobby de grandes entreprises fermement opposé à  l’initiative.

 

Avec quels arguments?

L’initiative serait une première mondiale dans le cadre de la lutte anti-rémunérations abusives. Elle propose, selon ses défenseurs, de réelles solutions destinées à  faire bouger les choses du côté des grandes entreprises. Pour ce qui est du contre-projet, on le prétend plus rapide à  mettre en exécution, on met en avant le spectre d’une désertification de la place économique suisse par les grandes entreprises et la perte de compétitivité que l’initiative pourrait apporter.

 

Les dirigeants des entreprises pourraient être comparés à  des capitaines de navire qui méritent leurs salaires disproportionnés. Les détracteurs du projet Minder nous posent la question: que se passera-t-il si tous les capitaines de navires abandonnent la Suisse?

 

Une chose est sûre: ni Thomas Minder ni ses détracteurs ne peuvent à  ce jour prévoir les résultats d’une telle loi sur l’économie suisse et ses répercussions à  l’étranger. Et si la Suisse devenait un exemple de justice salariale?

 

 


Info

L’initiative Minder porte le nom de l’entrepreneur et homme politique suisse Thomas Minder qui l’a impulsée. Soumise au vote de la population le 3 mars prochain, elle a été rédigée dans le but de «protéger l’économie, la propriété privée et les actionnaires et d’assurer une gestion d’entreprise durable» (selon le texte de l’initiative disponible ici). Dans le cas où l’initiative serait rejetée en votation, c’est le contre-projet proposé par le Parlement qui entrera en vigueur.