Sport | 15.01.2013

Viable le foot?

Texte de Raphael Fleury | Photos de ASL «L'Express»
Une table ronde sur la question «Le football professionnel est-il viable en Suisse?» a eu lieu le 10 janvier au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. Elle était organisée par l'Université de Neuchâtel et le Centre International d'Etude du Sport (CIES).
«Don» Givens (1981-1987) célèbre un but face au FC Winterthour, 19 mai 1983.
Photo: ASL «L'Express»

Si la discussion n’a rien appris de neuf au public, elle a au moins été l’occasion de rappeler certains faits. Pour avoir une réponse claire et directe à  la question qui était à  l’ordre du jour, soit «Le football professionnel est-il viable en Suisse?», il aura fallu attendre la fin du débat.

 

Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire du football du CIES, s’est chargé de modérer le débat entre les quatre invités présents: Christian Binggeli, président de Neuchâtel Xamax, Gilbert Gress, ancien entraîneur de Neuchâtel Xamax et consultant TV, Edmond Isoz, Senior Manager à  la Swiss Football League, et Philippe Perret, ancien joueur de Neuchâtel Xamax et entraîneur du FC Bienne.

 

Le modérateur n’a pas ouvert le feu par la question attendue, mais par celle-ci : «Que faut-il faire à  l’échelle des clubs pour s’inscrire dans la durée?» Et les quatre intervenants de se lancer dans le débat.

 

Télévisions privées et arrêt Bosman

Si Gilbert Gress, de par son exubérance, semblait se trouver aux antipodes d’Edmond Isoz, qui ne s’est pas déridé de la soirée, les deux personnalités se sont rejointes sur un point au moins: la réussite d’un club, c’est avant tout la réussite d’un homme: il faut quelqu’un de compétent à  la tête du navire.

 

Après cet exorde, M. Isoz a eu la bonne idée de rafraîchir les mémoires. Deux événements, a-t-il affirmé, ont bousculé le monde du football: d’une part, l’arrivée des télévisions privées à  la fin des années 1980, et d’autre part l’arrêt Bosman en 1995. Les télévisions privées ont apporté des fonds considérables à  certains clubs. Conséquence: un budget beaucoup plus grand pour ceux-ci, ainsi que l’explosion des salaires. L’arrêt Bosman a lui aboli les quotas de joueurs étrangers ressortissants de l’Union européenne dans une équipe de club. Le résultat a été l’augmentation du nombre de transferts. «Logiquement, les bons joueurs iraient alors où l’argent se trouvait», précise Edmond Isoz.

 

Le cas de la Suisse

Ces deux événements ont évidemment constitué un «gigantesque problème pour les petits pays», a poursuivi M. Isoz. Il n’y a presque aucune télévision privée en Suisse, celle-ci en a donc logiquement souffert. Des mesures devaient alors être prises. L’avenir du football suisse passerait par la formation des joueurs. C’est sur ce point qu’il faudrait avant tout travailler.

 

Le football professionnel est-il viable en Suisse?

Le débat touche à  sa fin, mais nul n’a encore réellement répondu à  la question de la conférence, qui était, rappelons-le: «Le football professionnel est-il viable en Suisse?». Nous avons donc posé sans ambages la question à  Edmond Isoz, dont la réponse a eu le mérite d’être aussi claire que concise : «Cela fait cent ans qu’il n’est pas viable. Sans personnes, sans groupes de gens, il n’est pas viable». Les propos du président de Neuchâtel Xamax allaient tout à  fait dans ce sens: «Il est viable, à  la seule condition de trouver des mécènes.» Lequel a ajouté, d’un air propre à  susciter la pitié: «J’ai l’impression d’être le mendiant du canton. Je suis allé taper à  toutes les portes dans l’horlogerie mais sans grand résultat». L’argent ne fait certes pas tout, pourtant M. Isoz, très loquace ce soir-là , l’affirme: «Il y a une relation directe entre la force économique et la réussite.»

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