Culture | 20.01.2013

Vers un nouveau monde

Le choix. Durant toute notre vie nous y sommes confrontés. Quelle vie? Quel travail? Quel conjoint? Quels habits? Partout, il faut choisir. C'est sur cette idée que le metteur en scène hongrois Arpad Schilling a décidé de travailler pour sa toute nouvelle création «Néoplanète», présentée la semaine dernière à  la Comédie de Genève.
"Néoplanète", récente création du hongrois Arpad Schilling, se jouait la semaine dernière à  la Comédie de Genève. Art total, cette fresque théâtrale n'appartient à  aucun genre précis tant elle puise dans différentes disciplines. Photos: Máté Tóth Ridovics

La dramaturgie du dernier spectacle d’Arpad Schilling a quelque chose de déroutant, hors du commun; le spectateur a même parfois un sentiment de non-aboutissement. Mais nous retrouvons aussi une dimension universelle, humaine et civique. Néoplanète n’appartient à  aucun genre défini tellement la pièce puise dans différentes disciplines. Multiplicité des arts mais aussi des acteurs. Roumains, africains, arabes, asiatiques composent cette fresque théâtrale que l’on peut qualifier d’art total.

 

Vers un monde meilleur?

L’intrigue de la pièce? Une sélection faite parmi les individus; les désignés seront la base d’une nouvelle civilisation sur une autre planète. La terre, selon Arpad Schilling, va mal. Il faut partir, aller vers quelque chose de nouveau, hors du temps. L’histoire est à  premier abord assez simple, le tout servi par un jeu d’acteur époustouflant. Des clandestins, une sombre histoire d’argent, un chantage abusif et des personnages stéréotypés font partie de l’histoire. Mais il ne s’agit que d’une petite partie. Le reste est un patchwork de différents arts (cirque, vidéo, danse) qui s’enchaînent de manière incroyablement naturelle et qui nous en met plein la vue: une magnifique scène de danse rappelant quelque peu l’esthétique de Pina Bausch, un film en noir en blanc sur la vie d’un tzigane roumain, un discours sur la notion du choix, la vidéo d’une audition, un numéro de mat chinois…

 

Le choix final

Le spectateur a cependant du mal à  déceler une logique globale. Peu d’éléments d’information nous sont donnés, les thèmes varient sans cesse.  De nombreux spectateurs quittent d’ailleurs la salle en pleine représentation, comme si la pièce leur était insoutenable ou incompréhensible. C’est seulement à  la fin que tout prend son sens. Une voiture rose débarque sur scène, transportant trois des protagonistes. La lumière s’allume dans la salle et les acteurs demande au public de voter: quel personnage ira prendre place à  côté de ses trois compagnons? Le professeur,  le frère, l’architecte, l’amoureux voleur de voitures, le prophète, le haut fonctionnaire d’État? Le public vote timidement et ce soir, c’est le frère qui est choisi.

 

Puis le spectacle se termine sur ce magnifique duo de corde lisse. Nous en venons alors à  se poser une simple question: mais où avons-nous envoyé ce personnage? Sur une autre planète? Dans un autre pays? A la mort? Nous avons arbitrairement choisi un personnage qui devait partir. Faudrait-il y voir un parallèle avec les choix parfois irréfléchis que nous prenons sans en maitriser totalement les conséquences? Libre à  chacun d’avoir sa propre interprétation.