15.01.2013

La pilule qui passe mal

Texte de Claire Barbuti | Photos de DR
Le doute plane sur les pilule nouvelle génération. Le débat fait rage au delà  des frontières.
Les spécialistes s'accordent sur un point: la prise de pilule de 3ème et 4ème génération présente un risque plus élevé, mais il reste néanmoins très faible.
Photo: DR

L’affaire «des pilules de 3ème et 4ème génération» fait rage en France. Après la plainte, fin 2012, de Marion Larat qui accuse la pilule de 3ème génération du groupe Bayer d’être à  l’origine de son accident vasculaire cérébral (AVC) et de son lourd handicap, le gouvernement français a réagi. Il a annoncé la fin du remboursement de ces contraceptifs dès le 31 mars 2013. Une telle décision est-elle justifiée? Les femmes doivent-elles se méfier de ces pilules nouvelle génération?

 

Même efficacité

Mises sur le marché dans les années 1980, les pilules de 3ème et 4ème génération ont la même efficacité que celles des générations précédentes. Seule différence: un plus faible dosage d’oestrogènes afin d’éviter certains effets secondaires des pilules plus anciennes, tels que l’acné, la prise de poids ou les nausées.

 

Crise de confiance

Les premiers doutes concernant ces contraceptifs datent de 2011, année durant laquelle des plaintes ont été déposées dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis et en Suisse. Des femmes ont accusé les laboratoires fabriquant des pilules de 3ème et 4ème génération (Bayer, Schering, Merck et Pfizer) d’être la cause de problèmes médicaux graves.

 

De nombreuses études se penchent alors sur la question. Elles révèlent pour les femmes prenant la pilule de 3ème génération «un risque de complications thrombo-veineuses deux fois plus élevé que chez les femmes sous pilule de deuxième génération», selon un rapport public de la Haute Autorité de santé. Ce risque reste cependant très faible, puisqu’il toucherait 4 femmes sur 10’000.

 

L’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) conseille alors aux médecins de se renseigner sur les antécédents des patientes et de ne prescrire ces pilules de dernières générations qu’en cas de «circonstances très particulières». Mais ces conseils restent peu entendus des médecins qui jouissent d’une liberté totale de prescription. Aujourd’hui encore, la moitié des femmes prenant la pilule utilisent les dispositifs de 3ème ou 4ème génération.

 

Il a fallu attendre la plainte de Marion Larat pour que les choses prennent de l’ampleur: avant même que l’enquête soit menée à  terme, les avocats de la jeune femme de 25 ans avaient décidé de rendre public son cas. Cette grande médiatisation commence à  inquiéter l’opinion publique et la ministre de la Santé française, Marisol Touraine, annonce le 2 janvier 2013 la fin du remboursement des pilules de 3ème et 4ème génération dès le 31 mars 2013. A-t-elle eu raison, au nom du principe de précaution, de réagir à  l’alerte des avocats alors que le jugement n’a pas encore été rendu et que le corps médical estime que ces pilules peuvent encore être prescrites dans certains cas?

 

Où est le vrai risque?

Cependant, tous les spécialistes s’accordent sur un point: certes, la prise de pilule de 3ème et 4ème génération présente un risque plus élevé, mais il reste néanmoins très faible. De plus, ce risque concerne principalement celles qui prennent la pilule pour la première fois, ou qui ne l’ont pas prise depuis plus d’un an. Pour d’autres femmes, ces pilules de nouvelle génération serait le bon contraceptif.

 

Rien ne sert donc de s’alarmer: le meilleur conseil à  suivre, c’est de ne surtout pas arrêter la pilule sans consulter un médecin. Et de parler avec lui afin de définir le meilleur contraceptif correspondant à  chaque femme. Car, comme l’a rappelé le Dr Christian Jamin sur son blog, « le pire de la contraception, c’est de ne pas la prendre ». Ironie de la polémique: le plus grand risque d’AVC pour une femme survient lorsqu’elle est enceinte.

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