Culture | 21.01.2013

Bertolt Brecht s’invite au Grütli

La Ccompagnie du Solitaire joue en ce moment sa nouvelle création au Grütli: «Sainte Jeanne des Abattoirs» de Bertolt Brecht. Une occasion de se plonger dans un univers didactique mais d'une effroyable réalité.
Ecrite en 1932 par Bertolt Brecht, "Sainte Jeanne des Abattoirs" ne sera montée qu'en 1959, trois ans après la mort de son auteur.
Photo: Christelle Villégier

Pierpont Mauler est le roi de la viande à  Chicago. Propriétaire d’un gigantesque abattoir, il est prêt à  licencier le tiers de ses employés, à  ruiner ses concurrents ou même à  brûler du bétail pour augmentersans relâche ses profits. Alors que la cupidité de Mauler plonge Chicago dans la famine, le chômage et la misère, une femme se dresse contre cette injustice. Elle s’appelle Jeanne Dark et est membre des «chapeaux noirs», un groupe caritatif religieux. Jeanne devient alors médiatrice entre les ouvriers et le patronat.

 

Jeanne, éternelle martyre

La mise en scène proposée par Didier Carré se situe entre deux eaux. A la fois fresque réaliste représentant la situation de l’époque et propos instructif qui nous ramène soudainement à  la réalité, cette pièce vient questionner le spectateur sur son rapport à  la misère. Sentiment accentué par le trio de musiciens qui rythmera le propos tout au long de la pièce. On sent d’ailleurs le travail effectué sur la composition musicale signée Marc Berman et Benjamin Vicq, qui se révèle entrainante et mélodieuse.

 

Malgré une dramaturgie forte, nous avons parfois du mal à  saisir le sens des complexes discussions économiques entre Pierpont Mauler et ses concurrents. Si bien qu’il arrive que nous perdions le fil de l’histoire. Fort heureusement, le public est vite reconquis par les tribulations de Jeanne. L’interprétation de Nathalie Boulin est saisissante et le specateur se prend vite d’affection pour cette femme idéaliste qui se bat corps et âme pour des valeurs quasi féodales. Mais malgré toute sa bonne volonté, Jeanne échouera.

 

Une pièce tardive

Bertolt Brecht écrit Sainte Jeanne des Abattoirs en 1932. S’inspirant de Schiller et d’autres classiques, il parodie la crise allemande qui sévit durant cette période. Quelques années plus tard, Brecht quittera l’Allemagne afin de fuir le régime nazi et s’exilera au Danemark. Et ce n’est qu’en 1959 que le spectacle sera monté à  Hambourg, soit trois ans après la mort de son auteur.

 

Une pièce qui ravira les amoureux de théâtre épique, même si elle s’avère parfois exigeante dans son propos et dans ses idées.

 


Info

Sainte Jeanne des Abattoirs se joue jusqu’au 3 février au Théâtre du Grütli à  Genève.