Culture | 11.12.2012

Rapper, c’est lutter

Le festival «Filmer c'est exister» accueillait le 29 novembre dernier le concert des trois rappeurs gazaouis du groupe DARG Team.
Le festival du film palestinien a fait honneur jeudi 29 décembre au rap gazaoui en accueillant le groupe DARG Team. Bassam al Massri, membre de DARG Team: "On s'est dit que notre arme serait notre micro". Photos: Tamina Wicky

L-˜ambiance est chaleureuse. Le public de tous âges est visiblement peu habitué au rap, comme le confirment Sylvie et Mélanie après le spectacle. Toutes deux étaient venues pour le festival et ont été séduites par l’énergie dégagée par ces trois artistes. Ces deux femmes, par ailleurs engagées et membres de l’association «Espace Liens Palestine», ont été touchées par le parcours des rappeurs.

 

Le groupe semblait bénéficier d’une certaine notoriété et d’un noyau de fans, en majorité des femmes, fredonnant les paroles même s’ils n’étaient pas arabophones. Bien rôdé, le show s’est ouvert et fermé sur un remix de la chanson de Lowkey Long live Palestine. Les rappeurs ne se sont d’ailleurs pas contenté de chanter, ils ont également dansé la debkah (danse régionale).

 

Ce concert, comme tout le festival dans son entier, a permis aux artistes de témoigner de la situation en Palestine et d’affirmer l’existence d’une culture propre; deux choses très importantes pour les Palestiniens, comme l’ont constaté nos deux auditrices lors d’un voyage sur place. Avant le concert, l’équipe de Tink.ch a rencontré Bassam al Massri, l’un des membres de DARG Team.

 

Pourquoi être venus rapper en Suisse?

La Suisse est le premier pays dans lequel nous sommes allés. Nous avons participé à  «Geneva meets Gaza» [collectif de rappeurs suisses et gazaouis, formé suite au film Still alive in Gaza de Nicolas Wadimoff, ndlr]. Le film de Nicolas Wadimoff racontait la vie de jeunes palestiniens après la guerre, comment ils ont continué à  vivre après ce traumatisme. On a fait une chanson pour le film. Suite à  ça, nous avons participé à  un événement hip-hop qui nous a fait connaître sur Genève et nous a permis de sortir de Gaza. Ensuite, on a fait un album «Gaza meets Geneva volume 1», puis le volume deux.

 

Quand vous êtes arrivés, quelles ont été les réactions autour de vous?

Comme on a choisi de rapper en arabe, les gens ne nous comprennent pas. On aurait pu choisir l’anglais, mais on s’est rendus compte que ça ne servait à  rien; parce qu’on a réussi à  communiquer nos sentiments malgré la barrière de la langue. Les gens ont réagi en nous disant: «On n’a rien compris, mais on a bien aimé votre travail et votre musique». Notre musique est identitaire: nous sommes arabes, nous avons commencé en arabe et nous finirons en arabe. En Europe, il y a plein de palestiniens qui chantent en norvégien et dans d’autres langues… mais nous, nous ne changerons pas de langue.

 

Pourquoi avoir choisi le rap?

Pendant les dix dernières années marquées par l’Intifada, on ne pouvait rien faire, alors on écoutait beaucoup de musique. Quand on a connu le rap, il y a eu un déclic. Pour les gens, le rap se résume à  des gars avec pleins de filles; mais nous, nous avons choisi d’utiliser cette musique à  notre manière, avec nos références. On a voulu écrire en arabe et y mettre des sonorités orientales. Au début, l’aventure est partie d’un petit groupe d’amis qui se retrouvait juste pour faire de la musique. C’est seulement après qu’on a été en studio.

Petit à  petit, on a commencé à  se faire connaître à  Gaza, puis on a mis nos chansons sur internet; et on a vu qu’elles plaisaient aux gens. C’est arrivé aux oreilles de Nicolas Wladimoff. On a fait la chanson 23 jours (23 Yoom) sur la période de la guerre. Nous ne voulions pas aller tirer sur des gens ou manifester devant l’ONU, alors on s’est dit que notre arme serait notre micro, pour nous permettre de témoigner de la situation.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton groupe?

DARG Team, le nom de notre groupe, vient de l’anglais «Da Arabian Revolutionary from Gaza». On est trois et on fait de la musique concernant Gaza. Jusqu’à  maintenant, nous avons fait quatre disques. Notre première sortie de Gaza date de la guerre de 2009-2010: on a fait une tournée en Europe et en Syrie. 90% de notre musique traite de sujets politiques liés au conflit. Nous essayons de parler de notre quotidien de palestiniens sous le blocus. Bien que notre musique soit occidentale, on a tenu à  intégrer des sonorités arabes et palestiniennes telles que l’oud [instrument de musique à  cordes dont la construction est semblable au luth, ndlr], et on continue de rapper en arabe.