Culture | 11.12.2012

Petits travers

Texte de Mariam Mussa et Tamina Wicky | Photos de DR
Samedi 1er décembre, lors du festival du film palestinien «Filmer, c'est exister», le public a pu assister à  la projection de «Téléphone arabe», en version originale, du réalisateur arabo-israélien Sameh Zoabi.
L'accent est mis sur les petits travers des deux communautés israélienne et palestinienne, travers qui rendent ces dernières attachantes.
Photo: DR

Le film a été tourné près de Nazareth, à  Iqsal, ville natale de Zoabi. Il raconte l’histoire de Jawdat, un jeune arabo-israélien qui accumule les rendez-vous ratés avec les filles et les échecs au test d’hébreu d’entrée à  l’université. Alors qu’il fait la connaissance d’une jeune palestinienne de Cisjordanie au téléphone, Jawdat est arrêté par la police israélienne. Cette mésaventure va le pousser à  soutenir son père, un cultivateur d’olives parti en guerre contre une antenne téléphonique israélienne placée à  proximité du village arabe et accusée d’irradier les habitants.

 

Drôle et engagé

L’humour omniprésent permet au réalisateur de dénoncer le manque de principe des arabes aussi bien que des israéliens sans tomber dans un discours moralisateur. Par exemple, une scène cocasse montre un homme distrait par un appel téléphonique, signant la pétition du père de Jawdat appelant à  détruire l’antenne. Plus tard dans le film, c’est un stand de bières qui attirera les gens à  une manifestation, et non une revendication quelconque. Du côté des Israéliens, on voit des jeunes filles frivoles inviter Jawdat et son ami à  une fête dénonçant la disparition des abeilles, alors qu’elles font peu de cas de la situation des arabes. Jawdat et son ami se feront d’ailleurs chasser de la soirée.

 

Une prison sans murs

Le réalisateur représente les arabes israéliens comme vivant dans une prison dont les murs ne sont pas visibles. L’absence de liberté se manifeste notamment au travers du téléphone portable, symbole de la dépendance des arabes à  la technologie israélienne. Ceci apparaît encore plus évident avec l’antenne dont la caméra surveille en permanence les habitants d’Iqsal. De plus, lorsque Jawdat tentera de «s’évader» vers Ramallah en Cisjordanie pour rejoindre son amie, c’est son téléphone qui le trahira. Une occasion de plus de constater que les deux jeunes gens ne sont pas libres.

 

Conflit entre deux générations

Le film expose aussi le fossé générationnel qui s’est créé entre le père de Jawdat et son fils. En effet, le père est une sorte de Don Quichotte à  la fois combatif et naïf, engagé dans une lutte perdue d’avance contre l’antenne. La génération de Jawdat est au contraire résignée et opportuniste, profitant le plus possible des infrastructures israéliennes.

 

Enfin, le conflit israélo-palestinien apparaît discrètement en toile de fond au travers de nombreux symboles. Ainsi l’antenne provoquant des cancers est l’allégorie de l’oppression israélienne, tandis que le père de Jawdat, nommé Salem («paix» en arabe), représente la résistance pacifique. L’accent est mis sur les petits travers des deux communautés, travers qui rendent ces dernières attachantes. Et le film, bien que drôle et touchant, reste cependant engagé sans tomber dans la caricature ou le manichéisme.