Culture | 18.12.2012

« Mon rôle est de faire rêver »

Texte de Leticia Torreiro | Photos de Mars Distribution
Le 30 novembre dernier, c'est dans le cadre du festival latino-américain Filmar que Tink.ch a rencontré le réalisateur brésilien et algérien Karim Aïnouz.
Photo extraite du film "Madame Sata" de Karim Aïnouz, sorti en 2002 et inspiré de la vie de Joao Francisco Dos Santos.
Photo: Mars Distribution

Le cinéaste y a notamment présenté le film Madame Sata, primé en 2002 à  Cannes où il a reçu le prix « Un certain regard ». Retrouvez ici la première partie de cette interview.

 

Vous avez participé à  la Quinzaine des réalisateurs à  Cannes en 2011 et 2012. Qu’est-ce que cela vous a apporté sur le plan personnel?

Le cinéma est une invention du 20ème siècle et non du 21ème siècle. Il demande du temps et du travail, comme n’importe quel métier. Ce festival est spécial du fait que le travail fourni est alors reconnu comme important, il devient une contribution.

Il faut être honnête, il est bien plus essentiel d’être chirurgien que d’être cinéaste. Mais mon rôle est de faire rêver, de rendre possible des choses inimaginables, d’avoir un regard spécial, différent et singulier sur la vie quotidienne et sur le monde. Un festival, pour moi, c’est ce moment où l’on est célébré personnellement; et même s’il ne dure que trois jours, cela rend la diffusion du film magique.

Par exemple, j’ai un très bon souvenir de la première présentation de Madame Sata à  Cannes: nous étions en train de monter les marches du tapis rouge et j’ai pensé à  tout ce temps, cette énergie et cette envie qui m’ont motivé à  tourner le film. Et dans cette ambiance de célébration, j’étais très ému. Il y a comme un rituel qui s’installe, surtout dans les grands festivals comme Cannes, Venise ou Berlin qui rechargent les batteries et gonflent notre égo. Cela valorise notre travail et lui donne de l’importance. Par contre, je n’assiste jamais aux projections de mes films lors d’un festival. Pour moi, mon film est quelque chose de très privé que je donne volontiers, mais dont je ne partage pas l’expérience de visionnage avec d’autres.

 

Vous avez étudié l’architecture avant de vous intéresser au cinéma. Pour nos jeunes lecteurs en quête de leur avenir professionnel, pouvez-vous nous raconter ce qui vous a orienté vers cette voie plutôt qu’une autre?

C’est vrai que je me suis intéressé à  plusieurs choses. Je crois que nous avons un système un peu fou au Brésil: nous devons choisir notre profession à  l’âge de 17 ans. Mais à  17 ans je ne savais même pas ce que j’allais faire le lendemain et je n’avais plutôt pas intérêt à  le savoir! (rires).

J’ai commencé mes études dans une école d’architecture, mais je m’intéressais aussi à  la sociologie et l’économie… J’ai choisi l’architecture car il me semblait qu’elle réunissait mes divers points d’intérêts pour les mathématiques, l’histoire et l’art; c’était une discipline où je pouvais tout faire. Pourtant ce n’est pas une passion pour l’architecture qui m’a conduit à  choisir cette voie. Cela me plaisait, mais je n’étais pas sûr de vouloir en faire mon métier.

Parallèlement, j’ai essayé pleins de choses: la photographie, la vidéo, la philosophie et finalement le cinéma: c’était aussi un espace dans lequel je pouvais tout faire; de l’art, de la technique, de l’histoire… Le cinéma est un vortex de toutes les disciplines qui m’intéressaient. Mais cette décision n’a nullement été calculée, je me suis laissé à  me perdre dans mes choix. D’ailleurs je pense que c’est important d’être perdu pour ensuite mieux s’y retrouver.

 

Dernière question, si vous deviez nous conseiller un de vos films, lequel serait-ce?

J’ai un coup de cŠ«ur pour le troisième film que j’ai fait en co-réalisation avec Marcelo Gomez, qui s’intitule Je voyage parce que j’en ai besoin et je reviens parce que je t’aime. C’est un film d’amour assez spécial. Avec ce film, nous avons essayé plein de choses. C’est un film d’expérimentation mais avec un fond très simple: celui d’une histoire d’amour.