Culture | 11.12.2012

Le cinéma au service de l’Histoire

Dimanche 2 décembre, lors du festival «Filmer c'est exister», s'est tenue une table ronde sur le thème «Cinéma palestinien, entre création artistique et engagement politique», animée par Nicolas Wadimoff, en présence de Raed Andoni, Laith Al-Juneid et Maryse Gargour. Rencontre avec cette dernière, réalisatrice du film "La terre parle arabe".
Maryse Gargour à  propos de son film "La Terre parle arabe": "Le but était de parler de l'Histoire exactement comme elle s'est passée."
Photo: Tamina Wicky

Maryse Gargour a longtemps été journaliste. Travailler à  la télévision française lui a appris à  réaliser beaucoup de recherches. C’est donc un vrai travail de fond qui a tissé la réalisation de son film La terre parle arabe.

 

Le film que vous présentez au festival est basé sur des documents historiques…

C’est un film essentiellement basé sur des documents d’archives diplomatiques et des documents audiovisuels inédits. J’ai pu recréer le paysage palestinien d’avant 1948, qui est maintenant complètement détruit, du fait que la terre palestinienne a été spoliée. C’est très dur de voir ces images. C’est un film sur le sionisme, et sur comment l’Etat d’Israël a pris la place de cette Palestine. Le but était de parler de l’Histoire exactement comme elle s’est passée. Au travers de citations de leaders sionistes, je voulais montrer leur mouvement et ce qu’ils voulaient faire de la Palestine. L’établissement d’un foyer national juif apparaît bien avant la déclaration Balfour de 1917. C’est un film qui remonte aux sources du sionisme et de cette idée de créer un foyer national juif en Palestine.

C’est donc un film historique et journalistique?

Il est essentiellement politique, puisque le mouvement sioniste en lui-même est un mouvement politique.

 

Est-ce pour cela que le film a été boycotté? En raison de son côté politisé?

Je pense que le film a été très bien reçu d’une manière générale. Seulement, la chaîne qui l’avait acheté après le Festival international des Programmes Audiovisuels a une politique de doublage plutôt que de sous-titrage. J’ai su après que les gens qui devaient doubler ce film ont demandé à  la conseillère des programmes d’atténuer les propos. Il faut savoir qu’il n’y a pas de commentaires dans ce film; ce que les doubleurs ont entendu, ce sont les propos des dirigeants sionistes. Ces propos ne sont pas bien passés. C’est certainement une censure fondamentalement politique.

Puis j’ai su qu’à  l’interne de cette chaîne, il y avait eu une réunion lors de laquelle il a été décidé que mon film ne serait pas diffusé… La raison invoquée était qu’il n’était pas possible de trouver un créneau de programmation. Mais je pense qu’en trois ans, on peut pourtant trouver un moment pour passer un film.

 

Pourquoi avoir choisi le cinéma?

Le cinéma est une écriture, c’est le fond et la forme. On a deux moyens, à  savoir l’image, le langage cinématographique en lui-même, et le son. Je travaille énormément le son dans mes films, je pense que c’est un média très communicatif, parce qu’il y a l’écoute, les propos, le verbe… Le verbe est très important, beaucoup plus important que l’image; c’est un moyen de véhiculer des propos, de mettre dans un son mille et une histoires. Dans mes films, je travaille beaucoup en amont avant de commencer un montage. La plupart du temps, je fais une sorte de thèse et j’arrive lors du montage avec un film pratiquement déjà  construit.

 

Que vous inspire le nom du festival, «Filmer c’est exister»?

Pour moi, filmer c’est d’abord raconter une histoire, qu’elle soit une fiction ou un documentaire, à  travers le média que nous avons.

 


 

Avertissement de la rédaction

Il s’agit d’une interview et donc par conséquent d’un parti pris. Par cette diffusion, Tink.ch ne s’engage pas dans le débat israélo-palestinien et ne prend pas parti quant à  ce sujet.