Culture | 18.12.2012

Hitler revisité

Frédéric Polier, nouveau directeur du théâtre du Grütli à  Genève, montait en 2007 "Mein Kampf (farce)" de George Tabori au Théâtre du Loup. Vu le succès fulgurant rencontré, Polier décide de la reprogrammer cette année au Grütli. Un titre percutant, un propos dramaturgique fort et une scénographie audacieuse donnent le ton à  cette tragi-comédie.
La pièce "Mein Kampf (farce)" est jouée jusqu'au 23 décembre au Grütli à  Genève, avec Frédérique Polier à  la mise en scène. François Florey y interprète un Hitler convainquant, à  l'aube de sa future carrière de dictateur. Photos: Isabelle Meister

Un escalier de travers, des lits suspendus, des vieux meubles pleins de poussière: le décor arrangé par Pietro Musillo, scénographe, attire le regard. Près d’un poêle, un cuisinier prépare de la soupe pour des sans-abris. Nous sommes à  Vienne, dans la résidence de Shlomo Herzl, vieux juif vendant la Bible aussi bien que le Kamasutra.

 

C’est alors que débarque un certain Adolf Hitler, des peintures sous le bras, prêt à  se présenter au concours d’entrée des Beaux-Arts. Adolf est petit, laid, rageur et antisémite au possible. Cependant, le brave Shlomo essayera de lui enseigner les bonnes manières et de le remettre dans le droit chemin, en vain.

 

Le rire du vaincu

Malgré un sujet délicat, la pièce expose des moments d’un humour noir très bien ficelé. Les situations cocasses s’enchaînent avec un rythme soutenu et on se surprend à  rire d’un sujet pourtant à  la limite du tabou. Mais si le comique passe aussi bien, c’est que George Tabori ne tombe jamais dans la blague facile ou dans le préjugé blessant.

Juif de naissance, il fait de cette pièce le rire du vaincu. Il a la faculté de tourner la situation en catharsis et ainsi de la rendre grotesque. Derrière chaque réplique se cache l’horreur de l’holocauste mais Mein Kampf (farce) parvient en quelque sorte à  l’exorciser, peut-être mieux que ne le feraient les larmes ou le recueillement. Car si la pièce est avant tout comique, elle a aussi sa part de tragique qui plonge la salle dans un silence glacial, rappelant soudain au public l’horreur de la Shoah.

 

Une belle distribution

Du point de vue du scénario, la pièce, dans l’ensemble, se tient. François Florey interprète un Hitler convainquant, à  l’aube de sa future carrière de dictateur. On sent le travail gestuel et vocal sur ce personnage rendu extrêmement grotesque bien que, parfois, sa voix se perde un peu.

On retiendra également Bernard Escalon dans sa maitrise de Shlomo Herzl, personnage à  la fois touchant mais très naïf et maladroit. Frédéric Polier a donc réussi à  donner le juste ton à  la langue de Tabori sans jamais tomber dans l’excès ou dans la demi-mesure. Un équilibre parfois dur à  trouver.

 


Info

Mein Kampf (farce) se joue jusqu’au 23 décembre au Théâtre du Grütli à  Genève.