04.12.2012

Controversé part.2

La semaine passée, Tink.ch abordait la problématique posée par l'émission "Le Grand Frère", maintenant déprogrammée en raison de la démission de son animateur Pascal Soetens. Suite et fin.
"La profession éducative ne s'improvise pas, en effet, et il est plutôt rare qu'elle se déroule en solo comme présentée ici."
Photo: Oliver Hochstrasser

De ce fait, il semble que l’image de l’éducateur (1) véhiculé par l’émission ne reflète que peu toute la complexité du métier, les enjeux des acteurs de ce domaine et les compétences acquises dans le cadre d’une telle formation. Même si l’individualité de l’éducateur reste bel et bien son premier outil de travail, on ne peut cependant résumer ce métier à  quelques grandes lignes, telle que la transmission de valeurs. La remise en question continue des pratiques professionnelles dans le domaine de l’éducation, par exemple, fait partie intégrante, du moins dans le contexte suisse, de la profession d’éducateur.

 

Dans «Le Grand Frère», l’activité est, en effet, omniprésente. Pascal est un homme d’action. Mais ce que l’écran semble oublier de dire, c’est que l’agir n’est qu’une partie du travail. La réflexivité sur ses propres pratiques, sur le sens de ses interventions et sur le sens des valeurs transmises est tout autant importante.

 

Au final, on pourrait estimer que le personnage même du «Grand Frère» tient beaucoup plus au charisme de Pascal Soetens et à  ses compétences personnelles, plutôt qu’à  une volonté de transmettre à  des familles en difficulté une mise en perspective des possibilités professionnelles d’accompagnement existantes.

 

On assiste à  des situations qui se veulent extrêmes, dans lesquelles certains parents pourront sans aucun doute se reconnaître, mais qui introduisent aussi une certaine idée de la jeunesse et de la parentalité, comme s’ils formaient une masse uniforme et homogène. Si l’on parle de «comportement sain», de «bon ou mauvais chemin», «de jeunes qui savent boire ou pas», ou encore si l’on avance des propos tels que «on ne fait pas d’enfants si, dans la conception, il n’y pas d’amour» tel qu’il a été dit durant la conférence-débat, comment ne pas questionner la valeur d’une telle émission?

 

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de Pascal Soetens, ni même de cette émission, mais plutôt de questionner la façon dont la pratique éducative est représentée dans ce contexte et fait foi d’autorité au travers d’un certain discours télévisuel. La profession éducative ne s’improvise pas, en effet, et il est plutôt rare qu’elle se déroule en solo comme présentée ici. Le réseau, les échanges entre professionnels sont là  aussi pour rappeler à  chaque éducateur qu’il est essentiel de questionner sa pratique et celle des autres. «Moi et les autres», n’est-ce pas justement le sujet ?

 

1. Dans ce document, la forme masculine n’est utilisée que pour alléger le texte mais désigne les deux sexes sans discrimination.

 


Remerciements à  Paul Jenny, Cabinet de consultation psychologique et de coaching à  Lausanne et Nyon pour sa participation.