Culture | 06.11.2012

Lutter avec des mots

Texte de Joëlle Misson | Photos de Joëlle Misson
Dans la pièce de théâtre "Ma vie avec Martin Luther King", c'est la femme de l'historique défenseur des droits civiques qui tient le rôle principal.
Flavie Crisinel interprète le rôle de Coretta King dans la pièce de théâtre "Ma vie avec Martin Luther King".
Photo: Joëlle Misson

Il paraît que derrière tout homme qui réussit, une femme se cache. Cet adage reflète certainement bien l’engagement de Coretta Scott-King aux côtés de son mari, historique défenseur des droits civiques des noirs aux Etats-Unis, Martin Luther King. C’est d’ailleurs elle, et non son mari, qui tient la première place de la pièce intitulée « Ma vie avec Martin Luther King », organisée par la Compagnie de théâtre La Marelle. Le spectacle est encore joué jusqu’au 17 novembre dans plusieurs salles de Suisse Romande.

 

Tout en musique

« L’histoire de Martin Luther King m’intéressait beaucoup. Je n’avais jamais entendu parler de Coretta. C’était l’occasion d’aller chercher dans les archives, de découvrir qui était cette femme. » Et en voyant Flavie Crisinel, on peine d’ailleurs à  imaginer que Jean Chollet, metteur en scène, ait pu trouver meilleure actrice pour sa pièce. Son teint, ses cheveux, sa voix sur les airs de gospel, tout porte à  nous faire croire que la femme de Martin Luther King est en face de nous. Coretta King était d’ailleurs aussi une excellente chanteuse. « Elle organisait des concerts pour soutenir le mouvement des droits civiques », explique Flavie Crisinel.

 

La réalité derrière les apparences

C’est donc portés aux sons tantôt doux et énergiques de la musique gospel que l’actrice nous emmène dans « sa » vie avec Martin Luther King, accompagnée de quatre musiciens pour seuls accolytes. De leur rencontre jusqu’au tragique assassinat du pasteur noir, c’est rempli de joies, de peines et d’émotions que le public découvre la réalité derrière la lutte dans un monologue captivant. « Coretta était une femme consacrée à  la cause de son mari », raconte Flavie Crisinel. « Lorsqu’elle lui a dit oui, elle savait dans quoi elle s’engageait. Elle a décidé de vivre cette vie, de tenir leur famille. Elle aurait pu abandonner, mais elle a gardé foi en son mari et en cette cause. »

 

Peu de surprises

Pour les plus ignorants de l’histoire de Martin Luther King, la pièce, en plus d’offrir un moment unique, fait office de petit cours d’Histoire non malvenu. Mais les un tant soit peu connaisseurs de ce grand homme seront déçus de ne pas en apprendre plus sur le Martin Luther King de tous les jours, le mari, le père. Le texte parle en effet beaucoup des grands événements qui ont marqué sa vie, et la lutte pour les droits civiques des noirs: le boycott des bus, les marches, les sits-in… Evidemment, comment passer à  côté? Mais dans une pièce où le premier rôle est attribué à  la femme du défenseur, on s’attendait à  plus de découvertes privées. A moins que ce ne soit pour nous donner l’envie de lire le livre éponyme, signé Coretta King, dont est tiré la pièce.

 

Peu de suprises alors mais des émotions. Des émotions lorsque Coretta rapporte les paroles de sa fille: « Maman, pourquoi les blancs ils sont jolis et les noirs ils sont moches? » Encore des émotions lors des appels de menace que recevait régulièrement la famille. Toujours des émotions lorsque Coretta apprend, par téléphone, la mort de son cher mari. « Papa est à  l’arrière de l’avion chérie », a-t-elle répondu à  sa fille en rentrant de Memphis. « Il s’en est allé vers Dieu, il ne reviendra pas. »

 

Une pièce vivante

Et lorsqu’il y a des émotions, il y a de la vie. Les images et rapports télévisés diffusées sur écran et les rapports audios nous plongent dans la folie médiatique qui s’emparait de cette lutte. A l’écran, on regrettera peut-être la langue anglaise non sous-titrée à  plusieurs reprises, pour les moins à  l’aise avec la langue de Shakespeare. Heureusement, le fameux discours, lui, a été sous-titré.

 

Et de terminer la pièce en musique, sur un « Glory glory Alléluia » qui fait se lever toute la salle pour frapper des mains et se déhancher. Ce spectacle, pour sûr, est un hommage de plus à  cette magnifique mais coûteuse lutte qu’a été celle de Martin Luther King. « Il a ouvert une voie pour dire que lorsque l’on croit à  quelque chose, tout est possible, même si ça a un prix. Il s’est battu pour ses idées et ne s’est jamais avoué vaincu. Il a montré comment se battre avec les mots et non avec les points », conclut Flavie Crisinel.

 


 

Info

Le spectacle se joue encore jusqu’au 17 novembre dans diverses salles de Suisse Romande. Les dates ici.