Culture | 05.11.2012

La nouvelle place du spectateur

Texte de Anne Maron | Photos de highrise.nfb.ch
Parmi les séries web, les courts et longs métrages et les films réalisés en 48 heures, le Festival Tous Ecrans présente également une section réservée aux films et documentaires interactifs.
"Highrise: Out my window" de la Canadienne Katerina Cizek représente la nouvelle génération des documentaires interactifs présentés lors du festival.
Photo: highrise.nfb.ch

Avoir son mot à  dire sur l’issue d’un film diffusé sur le web? C’est possible grâce au film interactif, un support dont la narration est pensée de telle sorte que l’internaute puisse interagir d’une manière ou d’une autre dans l’histoire. Tink.ch a rencontré Vena Ward, responsable de la programmation Nouveaux Ecrans du Festival tous Ecrans (FTE) pour en savoir un peu plus.

 

Public en action

Spécialement conçu et pensé pour internet, ce nouveau média trouve ses origines dans les jeux vidéos. Au départ, l’interactivité se limitait à  choisir l’issue de l’histoire en agissant sur les faits et gestes du personnage principal.

 

Ce qui a changé aujourd’hui, c’est la forme que peut prendre cette interaction entre le support et le spectateur, selon les intentions du réalisateur: un web documentaire ne sera pas construit de la même manière qu’une fiction. Mais quoi qu’il en soit, «l’internaute a toujours son mot à  dire», explique Vena Ward. Elle ajoute : «Il y a dans l’interactivité cette volonté qu’ont les réalisateurs de connecter les gens. Aujourd’hui en tant que public, on ne veut plus être passifs, surtout pas quand on est devant un ordinateur!» Le rôle du spectateur a donc changé: il ne se contente plus d’être assis dans un fauteuil à  écouter une histoire mais il devient acteur à  part entière.

 

Une volonté de s’investir

Le crowdfunding (ou financement participatif) est une autre manière de participer. Propulsé récemment sur le devant de la scène, ce concept invite les internautes à  participer au financement de projets artistiques auxquels ils croient. Le principe séduit et connaît un succès de plus en plus important, tant auprès des jeunes artistes qui aspirent à  se faire connaître qu’auprès de cinéastes renommés.

 

Xavier Dolan par exemple, a eu recours au crowdfunding pour financer une partie de son dernier film. Ce principe permet ainsi de devenir producteur des histoires que l’on a envie d’expérimenter. Pour Vena Ward, «cela prouve une vraie volonté du public de s’investir et de se sentir acteur en contribuant à  l’Š«uvre. Je trouve que c’est une des meilleures choses qui existe avec cette immense connectivité et tous ces réseaux émergents.» Les projets deviennent également multiplateformes et s’exportent aussi bien sur l’ordinateur que sur la tablette ou le smartphone. Chez soi, au travail ou dans le tram, le spectateur peut désormais vivre partout son aventure.

 

Le cinéma a encore de beaux jours devant lui

Mais que les amoureux du 7ème art se rassurent: le cinéma n’est pas près de disparaître pour autant. Vena Ward propose un parallèle musical, expliquant que l’avènement de la musique électronique des années 2000 n’a pas fait disparaître le bon vieux rock seventies. «Personnellement, je suis férue de cinéma», précise Vena. «Mes films préférés sont les films muets des années 30 alors que je suis programmatrice de nouveaux médias. Je ne pense pas que l’un annule l’autre; ils peuvent très bien coexister. Mais il faut apprendre aux gens à  savoir regarder ces deux aspects du cinéma sans les mettre en opposition, ni penser qu’une avancée technologique va fondamentalement tuer tout ce qu’il y a eu avant.»