22.10.2012

Quel futur veut-on?

Texte de Laura Crivelli | Photos de Lucie Rosset
Trois mois après Rio+20, sommet mondial sur le développement durable, l'heure est au bilan dans les organisations internationales. Après l'analyse publiée la semaine passée, voici une seconde série de conclusions et de recommandations.
"Keep the oil in the soil and the coal in the hole": la transition des subventions accordées aux énergies fossiles vers des subventions intelligentes est encore fortement ralentie.
Photo: Lucie Rosset

Le multilatéralisme est incontournable

 

Les intervenants, dans une conférence comme dans l’autre, relèvent l’importance du multilatéralisme et son acceptation par la communauté internationale. Jim Leape, le directeur général de WWF International, souligne le poids grandissant du capital naturel et les tendances pour sa quantification. Le secteur privé et la société civile ont un rôle à  jouer aussi important que les Etats dans la préservation de l’environnement, et ce en aidant à  réaliser certaines pistes de solutions proposées.

 

Par exemple, la plateforme de connaissance pour le développement durable a été créée grâce au travail en commun de divers Etats, partenaires privés et organisations internationales. De plus, le travail de scientifiques, d’experts techniques et de quelques Etats pionniers dans la croissance économique verte a permis de développer le Système de comptabilité environnementale et économique intégrée (SCEE), un ensemble d’indicateurs qui rend possible, mais malheureusement pas obligatoire, la quantification de la «durabilité» des Etats.

 

Stop aux subventions absurdes

Les réformes fiscales étaient aussi au menu de Rio+20. Ou disons qu’elles en ont constitué les moules pas fraiches, au sujet desquelles personne ne veut discuter. De manière générale, on digère plutôt mal les énormes subventions destinées aux énergies fossiles. Mais la transition de cet argent vers des subventions intelligentes est fortement ralentie par un lobbying efficace des gros pouvoirs pétroliers, économiques et politiques.

 

Un appel à  plus de responsabilité

La régulation d’investissements à  l’étranger reste un argument de négociation efficace entre les pays très industrialisés et ceux qui le sont moins. Il s’agit de mettre en place un système qui avantagerait les investissements dans des projets bénéfiques pour l’environnement. Le recours à  des mécanismes de marché et la valorisation monétaire des services écologiques sont donc des pistes à  défricher. Le potentiel du droit international sur le changement climatique est donc fort pour mobiliser les investissements à  faible teneur en carbone et développer des mécanismes incitant la promotion de biens environnementaux à  l’échelle du commerce international.

 

L’attitude soupçonneuse des Etats lors de la mise en place de politiques environnementales est due à  certaines expériences du passé où un nombre restreint d’Etats ont pris la protection de l’environnement comme excuse pour favoriser le commerce intérieur. De nos jours, les Etats doivent démontrer, sous la pression internationale, que les mesures nationales visant à  protéger l’environnement ne sont pas des stratégies de «protectionnisme vert», mais sont bien élaborées de bonne foi. Pour être «verte», l’économie globale a besoin de règles commerciales qui permettent cette transition. Le concept d’économie verte doit donc s’insérer dans les réglementations de l’OMC. «Nous avons le choix. Nous pouvons créer un futur prospère, avec assez de nourriture, d’eau et d’énergie pour les 9 milliars de personnes qui partageront la planète en 2050», lance Jim Leape.

 

Responsabilité, équité et transparence

Il en ressort que le modèle économique actuel n’est pas viable. En plus de creuser un trou de plus en plus profond entre les pauvres et les riches, il mise sur la profitabilité et non sur le bien-être de l’homme, constitué d’éléments plus complexes que l’argent.  Une économie globale appelle à  une prise de responsabilité commune et internationale sur les modes de production et de consommation. Les choix et les actions d’un individu se répercutent sur d’autres près de chez lui, tout comme à  l’autre bout de la planète.

 

Les Etats se sont mis d’accord sur le processus transparent à  suivre pour définir des objectifs de développement durable qui seront établis en lien avec les objectifs du millénaire. La communauté internationale dans son ensemble appelle à  plus de responsabilité, de participation équitable et de transparence. Le monde se trouve devant un magnifique défi de restructuration de l’économie globale. L’énergie mobilisée par la société civile et l’engagement de nouvelles générations débordantes d’idées novatrices alimentent l’espoir d’un monde meilleur. Mark Halle, directeur de la branche commerce et investissement de l’Institut pour le Développement Durable conclut: «Nous sommes aujourd’hui, et nous avons du chemin à  parcourir. Mais nous avons le devoir de tenter de faire une différence et de garder nos yeux ouverts»

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