Culture | 09.10.2012

« Hors de question que j’offre ça à  ma mère! »

Texte de Céline Bilardo
La traduction française du roman dont les ventes se chiffrent en millions dans le monde, "Fifty Shades of Grey", sort le 17 octobre en Suisse aux éditions JC Lattès. Prise de température auprès des lectrices romandes.
Si le livre semble plaire aux Romandes, ces dernières avouent aussi manquer d'autres lectures d'un genre érotique pour donner un avis plus tranché. Image: blogspot.ch

Elles ont entre 20 et 50 ans. Elles ont toutes succombé à  la curiosité de découvrir ce qui se cachait derrière la couverture du best-seller britannique d’EL James, Fifty Shades of Grey (ou Cinquante nuances de Grey en français). Interpellées à  l’improviste, une poignée de lectrices romandes nous livrent leurs impressions à  la lecture, en anglais, de ce récit érotico romantique.

 

Un style d’écriture somme toute original

Les critiques sur le Web sont vives et ne gâtent la romance un brin sado-masochiste d’EL James d’aucun éloge. Bien au contraire, elles blâment le style de l’écrivaine qualifié de médiocre et son scénario est accusé de tenir sur un timbre poste. Vanessa Guerreiro, étudiante de 24 ans, tempère néanmoins: « Oui, les clichés sont là . Une étudiante en littérature, sans expérience, qui s’éprend d’un homme plus âgé, beau, et au bien-être économique assuré. Mais Le style d’écriture est tout de même assez original. » Nicole, 50 ans et mère de trois enfants l’a également relevé: « Le style d’écriture est varié, les dialogues sont percutants, l’usage des courriels déroutants. » Elle ajoute: « les scènes de sexe sont sensuelles et diversifiées elles aussi, on peut imaginer le couple s’abandonner dans la salle de bain, dans la « Chambre Rouge » (où Christian Grey et l’ingénue Anastasia Steele s’adonnent à  des pratiques SM), dans l’ascenseur, le bateau, sur le bureau, dans l’hélicoptère…« 

 

Un manque de référence

Le livre plaît aux Romandes. Mais ces dernières avouent aussi manquer d’autres lectures d’un genre érotique pour donner un avis plus tranché. Si Victoria Baumgartner cite volontiers Sade et Apollinaire, bien plus osés et d’une écriture plus culottée, les références modernes, francophones, leur font défaut à  toutes.

 

Pas un « mommy porn »

Les scènes hot, voire improbables, foisonnent. Ce ne sont pas elles néanmoins qui tiennent les lectrices en haleine. Comment définir cette trilogie en deux mots? « Intense et addictif« , explique Nicole. « EL James, rajoute Victoria Baumgartner, joue bien avec le mystère qui plane autour du héros très sombre. On a toujours envie d’en savoir plus. » Mais cette jeune femme et toutes celles interrogées s’accordent sur un point: Fifty Shades of Grey n’est pas un « mommy porn ». Elles reconnaissent que la trilogie ne s’adresse pas aux « teenagers » mais aux jeunes femmes; aux femmes mariées et mères de famille, peut-être pas. « Hors de question que j’offre ça à  ma mère« , s’exclame Victoria, « elle ne comprendrait pas.« 

 

Pour aller plus loin en restant près de chez vous

Dans les rayons d’une des plus grandes librairies de Suisse, le coin des romances pour adultes est petit et discret. Les clients sont pourtant là : « Cinq à  dix personnes par jour parcourent le rayonnage« , informe une libraire. Les éditions françaises? Il y a la Musardine et les éditions Blanche spécialisées dans la littérature érotique. Ces maisons proposent certes des livres, mais aussi des BDs. On retrouve dans leur catalogue les grands maîtres francophones du genre, Tonino Liberatore et Alex Varenne qui proposent toutefois une vision idéalisée de la femme. Du côté italophone, les incontournables, traduits en français: Manara (on nous conseille le déclic et le déclic II) et Vittorio Giardino (Little Ego).

 

Si en Suisse la production reste marginale, il est important de citer les éditions Humus. Cette maison d’édition basée à  Lausanne a également créé une Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques (F.I.N.A.L.E). Sa meilleure vente est Suisse: un Dictionnaire horizontal, de Jean-Luc Fornelli, rédigé « à  la délicate attention des blasés de la chose et autres désespérés. » Sans oublier Yasmine Char, écrivaine romande, dont le recueil de nouvelles érotiques À deux doigts est paru chez Favre en 2004.