04.10.2012

Etudier et travailler loin de chez soi

Texte de Juliette Ivanez | Photos de pixelio.de
Pour un étudiant étranger, pas toujours évident de s'y retrouver dans la législation suisse en matière d'emploi. Si la réglementation est en théorie claire, son application débouche parfois sur un dédale administratif.
«Si on bosse 20 heures à  côté de ses études, ce n'est pas pour le fun, mais parce qu'on en a besoin pour vivre", déclare la CUAE.
Photo: pixelio.de

On vous le disait dans le dossier du mois de septembre: selon l’Observatoire de la vie étudiante,  82% des étudiants exercent une activité professionnelle en parallèle de leurs études. Et les étudiants étrangers, même s’il n’existe pas de statistiques spécifiques sur leur situation face au travail, n’échappent pas à  la règle. Nombre d’entres eux sont contraints de trouver un petit boulot pour financer leurs études, ou tout au moins couvrir les dépenses du quotidien.

 

Paperasse indispensable

En effet, à  l’arrivée en Suisse, le coût de la vie peut surprendre. Qui n’a jamais disserté avec ses camarades français sur le nombre de pièces que tout homme normalement constitué est raisonnablement prêt à  débourser pour un expresso? Eh oui, le café à  3.50CHF, ça peut faire drôle au début. Et même si à  l’UNIGE, une tasse d’énergie liquide ne vous coûtera «que» 2.30CHF, à  raison de deux doses par jour le calcul est vite fait. A titre de comparaison, le café à  l’Université de Zürich est proposé à  1.50CHF; mais c’est une autre histoire.

 

Trêve de plaisanterie: si la caféine est pour certains un facteur majeur dans l’équilibre de leur budget, d’autres ont réellement besoin d’un petit job pour vivre. Alors, que dit la loi en matière de travail pour les étudiants étrangers? La règle est simple: le jeune venu d’ailleurs peut travailler à  temps plein pendant les vacances, et à  raison de 15 heures par semaine en période scolaire. Première remarque: le permis B généralement délivré aux étudiants en provenance de l’étranger est une autorisation de séjour, et non pas une autorisation de travail. Ainsi pour exercer une activité lucrative, le jeune au bénéfice de ce permis B doit obtenir préalablement une autorisation de travail. Cette autorisation se décline en deux volets administratifs. Premièrement, un formulaire de demande (téléchargeable sur le site de l’Office Cantonal de la Population) doit être rempli par l’employeur. Ensuite, l’étudiant muni de ce formulaire sollicite, auprès du bureau de l’emploi de l’Université, une lettre qui confirme la compatibilité de l’activité exercée avec les études. Ces deux documents doivent être envoyés à  l’Office Cantonal de la Population, qui délivre alors une autorisation de travail. A noter qu’il vaut mieux s’y prendre à  l’avance: l’autorisation doit être délivrée avant le début de l’activité, alors gare aux délais!

 

Précarisation des étudiants?

Au début du mois de septembre, un nouveau volet juridique est venu secouer les milieux estudiantins genevois. La durée hebdomadaire de travail autorisée pour un étudiant étranger a été réduite à  15 heures ; elle était jusqu’alors de 20 heures. La CUAE (Conférence Universitaire des Associations d’EtudiantEs), syndicat étudiant de l’Université de Genève, fustige cette décision qui émane de l’autorité fédérale: «Cette mesure s’inscrit dans un appauvrissement général des conditions de vie des étudiants et d’une tendance générale à  limiter l’accès aux études en fonction du revenu des parents et de la nationalité», souligne Samia Swali, secrétaire permanente de la CUAE.

 

Cette mesure s’inscrit pourtant dans une démarche d’harmonisation du droit du travail au niveau national. En effet, le droit fédéral fixe à  15 heures la durée hebdomadaire du travail pour les étudiants étrangers; l’Office Cantonal genevois de la Population avait déjà  été rappelé à  l’ordre sur sa mise en pratique plus souple de la règle.

 

La question se pose d’ailleurs de savoir si 20 heures, ou même 15 heures, de travail hebdomadaire sont compatibles avec des études réussies. «Si on bosse 20 heures à  côté de ses études, ce n’est pas pour le fun, mais parce qu’on en a besoin pour vivre, répond la CUAE. Depuis la réforme de Bologne, les études universitaires sont considérées comme un travail à  plein temps…non rémunéré! Impossible de se former si on a un profil «atypique» – parent célibataire, plus de 30 ans, aucune aide de la part de la famille etc.». Une restriction supplémentaire s’applique pour les étudiants en provenance de pays hors de l’Union Européenne ou de l’AELE (Association Européenne de Libre Echange): ceux-ci ne pourront pas obtenir d’autorisation de travail durant les 6 mois suivant le début de leur formation en Suisse.

 

Là  où certains dénoncent des mesures concourant à  l’appauvrissement de jeunes en situation déjà  précaire, d’autres défendent une volonté d’égalité plus grande entre les étudiants des différents cantons. Dans tous les cas, un autre questionnement s’ouvre: celui de la rétention des étrangers diplômés d’une université helvétique, une fois leur cursus achevé. Et selon Pierre Willa, responsable du service des Relations Internationales de l’UNIGE (cité dans cet article paru en 2007 dans le magazine Campus), la Suisse ne fait pas toujours office d’exemple en la matière…Mais c’est aussi une autre histoire.

 

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