Culture | 25.09.2012

« Thank God, I’m lesbian »

«La culture LGBT, tu connais? - Euh... La culture pour Les Grosses Betteraves Tordues?». Du 21 au 30 septembre 2012, le Grütli accueille Everybody's Perfect, le seul festival de films LGBT (entendez par là  Lesbien, Gay, Bi, Transexuel) à  Genève.
"Dans ce film, nous souhaitions montrer les images avec lesquelles nous aurions nous-mêmes voulu grandir".
Photo: extraite du film "Thank God, I'm lesbian" de Dominique Cardona

Deux petites années que le festival existe, et pourtant c’est déjà  un grand pas vers l’ouverture et la tolérance. Enfin un évènement culturel où la communauté LGBT (sigle auquel on rajoute souvent les Intersexes et les Queers) est mise en lumière. A travers plus de 80 films répartis dans une dizaine de thématiques diverses et variées, comme le SIDA, l’amour ou encore l’homoparentalité,  le festival tente de crever l’abcès et de lever les tabous qui planent encore sur le sujet. Un festival ouvert à  tous et notamment aux écoles avec une sélection de films qui leur sont destinées, afin de donner aux élèves des images positives et fournir des outils de compréhension et d’acceptation.

 

Pierre Biner, coprésident du festival Everybody’s Perfect, est un précurseur en la matière puisque c’est en 1978 qu’il monte le premier festival lesbien et gay à  Genève. Aujourd’hui, pour la seconde édition du festival, élargie à  d’autres identités sexuelles, il poursuit toujours un combat de «militance commune»: «C’est une visibilité que nous recherchons. Nous nous montrons à  visage découvert et nous voulons faire avancer les choses de manière à  ce que les discriminations soient de plus en plus combattues  par la législation. Nous cherchons aussi à  tordre le coup aux clichés qui existent dans la population.» Depuis 1978, la situation a évolué considérablement, notamment avec les premiers ravages du SIDA dans les années 1980 qui ont permis de montrer au grand jour des personnes qu’on ne voyait pas avant. Pour Pierre Biner,  «on assiste aujourd’hui à  des changements dans la société qui n’étaient pas imaginables. Dans ma jeunesse, tout était fermé et sans aucun exemple  positif de gays ou de lesbiennes. Maintenant il y a d’immenses possibilités d’épanouissement et on veut en rendre compte à  travers ce festival.»

 

Et contrairement  ce que l’on pourrait croire, la demande est bel et bien présente puisque le festival affiche complet depuis son démarrage. Les nombreux films sélectionnés témoignent également de l’importance grandissante de la thématique LGBT sur le marché du cinéma. Le choix des films et des documentaires s’est porté essentiellement sur les Š«uvres qui cherchent à  faire avancer la réflexion. C’est aussi l’objectif de la réalisatrice canadienne Dominique Cardona, venue à  Genève pour présenter deux de ses films. Motivée par le manque d’images positives des lesbiennes, elle tourne en 1992 le documentaire Thank God, I’m lesbian avec sa partenaire Laurie Colbert. «Quand on parlait des lesbiennes, explique-t-elle, c’était pour s’apitoyer sur leur sort mais sans jamais avoir le point de vue d’une femme lesbienne. Dans ce film, nous souhaitions montrer les images avec lesquelles nous aurions nous-mêmes voulu grandir. » Vingt ans plus tard, les problématiques lesbiennes d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles d’hier, et se distinguent à  travers le monde car «il y a des différences dans la façon d’être lesbienne et de se vivre lesbienne partout dans le monde, selon les circonstances sociales et économiques à  travers les pays.»

 

Mais la difficulté de parler d’un tel sujet réside aussi dans l’accomplissement du film en lui-même. Notre réalisatrice en a d’ailleurs fait l’expérience: «On est immédiatement placés au niveau des chaînes spécifiques gays, mais en ce qui concerne les chaînes génériques, c’est toujours très difficile de leur vendre des produits lesbiens si on ne rentre pas dans un certain schéma.  En réalité, il ne s’agit pas de montrer d’une part les homosexuels et de l’autre les hétéros, mais de dire qu’on vit tous ensemble, qu’on est tous des humains et que l’on est très souvent vos filles, vos fils, vos cousins, vos voisins. On n’est pas tellement différents en fait. Que l’on s’aime comme homo ou comme hétéro, il n’y a pas de différence.»

 

Alors même si  nous sommes dans une phase croissante de tolérance,  le combat contre le poids des préjugés continue.