Culture | 04.09.2012

Pirates promoteurs d’artistes #2

Texte de Andrea Blankenstijn | Photos de memfisband.com
Ou quand des artistes utilisent un site pirate comme outil de promotion.
La page d'accueil du site The Pirate Bay est de temps en temps utilisée pour faire la promotion d'artistes. Image: thepiratebay.se/promo Après des problèmes avec leur label, les membres de Memfis ont décidé de devenir indépendants.
Photo: memfisband.com

tink.ch n’est aucunement affilié à  The Pirate Bay et nous vous rappelons que le partage de contenu protégé par des droits d’auteurs est punissable par la loi.

 

Lancé à  l’origine par l’organisation anticopyright suédoise «Piratbyrån», The Pirate Bay (TPB) est un site mondialement connu permettant le téléchargement de tout type de contenu, en particulier de fichiers protégés par des droits d’auteurs. Mais c’est également une communauté d’hacktivistes, ce terme désignant des hackers militants pour leurs idées politiques, entre autres l’usage des technologies et la liberté d’expression. Fin janvier 2012, le site lance «The Promo Bay»: de temps à  autre, la page d’accueil est utilisée pour faire la promotion d’artistes laissant un accès numérique libre à  leur art, ou du moins en partie.

 

Au travers de deux interviews, des artistes qui ont pu bénéficier du concept «The Promo Bay» nous ont fait part de leur avis sur l’industrie de la musique et le partage de fichiers. Ce second entretien met en lumière Memfis, un groupe suédois qui après une mauvaise expérience avec son label a décidé de devenir indépendant.

 

 

 

(interview traduite de l’anglais)

 

Comment avez-vous connu The Promo Bay?

Nous avons vu une promo pour d’autres artistes sur The Pirate Bay et nous avons pensé que ce serait cool d’être présentés sur cette page. Alors nous avons cliqué sur le lien «Promo», envoyé nos informations et, quelques temps plus tard, nous avons été contactés.

 

Que pensez-vous de ce concept?

C’est génial. Nous n’avons rien à  payer pour ça. Nous pensons que The Pirate Bay désire simplement promouvoir des artistes assez modestes par rapport à  l’usage et le partage de leurs créations.

 

Quelle est votre position concernant The Pirate Bay et le partage de fichiers d’une manière générale?

L’idée de partage et de générosité est en général cruciale pour qu’une société se porte bien. Cependant, quand quelqu’un ne veut pas que ses propres Š«uvres numériques soient partagées, nous essayons de respecter cela.

 

Est-ce que le partage de fichiers est un problème pour les artistes? Par exemple, pensez-vous qu’il leur fait perdre de l’argent?

Les artistes ont deux possibilités. Ou ils permettent le partage de leur art, ou ils ne le permettent pas. S’ils ne le permettent pas, ils devront persécuter et intimider leurs fans, ce qui est encore pire que de perdre de l’argent. Cependant, nous ne disons pas que c’est un choix facile à  faire; nous ne gagnons de loin pas assez d’argent pour vivre de notre musique.

 

Pensez-vous que cette méthode de distribution de vos créations soit le futur de l’industrie de la musique?

Pour un groupe peu connu qui veut que sa musique atteigne le plus d’oreilles possible, c’est une bonne option. C’est assez difficile de se faire entendre dans tout ce bruit, et être avide d’argent n’aide pas. Pour un groupe plus connu cependant, ce n’est pas une option tant qu’il reste fidèle à  son label.

 

Pourquoi avez-vous choisi d’être un groupe indépendant plutôt que de travailler avec un label?

Nous avons eu notre dose de problèmes avec notre précédent label (ndt: sur leur site, dans la section «press», ils indiquent avoir eu des problèmes en justice avec leur label qui ont duré deux ans). Être indépendant est positif pour notre liberté et notre créativité, mais le marketing, les réservations et l’administration (les choses ennuyantes) en souffrent. Si le bon label nous contacte avec une attitude modeste, nous pourrions être intéressés, mais c’est peu probable.

 

Des groupes comme le vôtre peuvent-ils obtenir le même succès que des groupes «commerciaux»?

Nous pensons que notre plus grand «problème» est que nous n’écrivons pas de musique à  la sonorité «commerciale». Si un groupe faisait de la musique attirant la masse, alors il aurait certainement un plus grand succès commercial sans devoir passer par de grands labels.

 

Pourquoi avez-vous décidé de laisser choisir votre public la somme qu’il veut payer pour obtenir votre musique?

Nous nous sommes rendu compte que tout le monde n’a pas les moyens de payer pour écouter notre musique, mais nous voulons tout de même que chacun puisse l’écouter. Les personnes qui n’ont pas les moyens financiers doivent tout de même pouvoir écouter de la musique. En un sens, c’est le principe des musiciens de rue. De plus, c’est difficile de donner un prix à  un produit numérique, alors on laisse cette décision à  l’acheteur.

 

Pouvez-vous nous indiquer, en proportion, combien de personnes téléchargent votre musique gratuitement et combien paient? Et combien donnent en moyenne les gens qui vous rétribuent?

Environ 22% des auditeurs paient pour obtenir notre musique. Le montant moyen est de 5 USD donc en prenant en compte les téléchargements impayés cela donne une moyenne de 1.1 USD. (ndt: il est question de leur second album, «Vertigo»)

 

Pensez-vous pouvoir un jour parvenir à  gagner assez d’argent pour vivre de votre musique?

Nous ne voyons pas comme un objectif de vivre de notre musique. Le plus important est de la rendre disponible à  toute personne qui l’aime et qui voudrait par la suite venir à  l’un de nos concerts.