Culture | 18.09.2012

Multiplicité des arts

«La culture éclaire la complexité des choses» disait Milan Kundera, écrivain du XXème siècle. Le festival de la Bâtie a une fois de plus mis en lumière le travail d'artistes captivants qu'il plait à  décrypter. Extraits de la journée du jeudi 13 septembre.
Dans une ambiance à  la fois calme et inquiétante... ...on se croirait dans une grotte où s'étend un lac souterrain. Une fois que les tambours cessent, Woodkid est désarmé. Photos: Frédérique Danniau

Bien caché en vieille ville, dans la cour intérieure de la maison Tavel, un escalier descend sous terre. Il mène à  un ancien réservoir, datant de plusieurs siècles. C’est là  que Rudy Decelière a mis en place son installation musicale. Sous la voûte de brique, des feuilles séchées de «monnaie du pape» sont suspendues au bout de fins fils de cuivre. Les végétaux agissant comme des membranes et les fils comme conducteurs, le visiteur est bercé par un bruissement continu. Dans une ambiance à  la fois calme et inquiétante, on se croirait dans une grotte où s’étend un lac souterrain: l’eau ondule calmement mais tous ces bruits angoissants et persistants résonnent sur les parois de la caverne. Un mélange entre apaisement et tourment qui invite au recueillement.

 

***

 

Dans un autre registre, durant trois jours Alexandre Doubet s’est donné la mission de faire revivre à  sa manière Platonov de Tchekhov. Trois jours pour une fête mémorable. On assiste à  un défilé de personnages heureux de faire la fête qui ne manquent pourtant jamais une occasion de se rappeler à  quel point leur vie est misérable. L’hôtesse déclare sans passion que son défunt mari l’a aimée avec passion tandis que son fils présente son épouse, ex-copine de son meilleur ami. Meilleur ami aimé de tout le monde ne rendant pas la pareille, comme s’il trouvait les sentiments futiles. L’ivresse est au centre de la scène où chacun vient puiser un peu de réconfort, et malgré tout une terrible envie prend le spectateur de les rejoindre pour chanter avec eux leur désespoir: «Sweet dreams are made of this. Who am I to disagree ? I travel the world and the seven seas. Everybody’ s looking for something»

 

***

 

«Que dire?», c’est bien la question que l’on se pose quand il s’agit de décrire la musique de Woodkid, ce jeune réalisateur et graphiste français (il a notamment travaillé avec Lana del Rey, Katy Perry et réalisé une publicité anti-SIDA qui lui a valu les éloges de ses pairs).

 

«Que dire?» Une fois que les tambours aux sons cassants s’arrêtent de faire vibrer l’air, Woodkid est désarmé. Une timidité qu’il a lui-même avouée, jeudi midi au journal de la RTS.

 

Sept hommes se tiennent face à  la foule, forts et puissants. Les uns se mettent à  faire résonner leurs cuivres tandis que les autres commencent à  heurter leurs caisses claires. Drôle de contraste avec le petit homme discret qui rentre à  ce moment-là  sur scène. Mais quand il chante, sa voix posée et lancinante fait oublier le personnage. Quand il lève les bras au ciel et que les lumières clignotent sous son visage, il donne l’impression de clamer une sorte d’incantation tribale. Les tambours invitent à  rentrer en transe et à  devenir le disciple de Woodkid. La musique enveloppe le public et le soulève de terre. Ça y est, nous sommes au-dessus des nuages.

 

La Bâtie est un festival riche par la multiplicité de ses arts et événements culturels mais aussi par la qualité de ses intervenants. Prenez le risque d’aller assister à  des performances d’artistes parfois encore peu connus, ils risquent fortement de prendre de la valeur d’ici quelques temps.