Culture | 11.09.2012

Auteur atypique

Texte de Maxime Stern
Lors de l'événement littéraire annuel de Morges «Le livre sur les quais», Tink.ch a eu le privilège de rencontrer Michel Diserens et de lui poser quelques questions sur sa dernière S«uvre «Les Funambules de l'Indifférence».
Le magnifique cadre du salon. Image: morges-tourisme.ch "Les Funambules de l'Indifférence", dernier ouvrage de Michel Diserens. Image: plaisirdelire.ch

«Les Funambules de l’Indifférence» est un roman exotique et dépaysant qui se déroule dans le bidonville de Bucaramanga en Colombie. Au fil du livre, on découvre l’histoire de Nolberto, ambitieux directeur de la fondation «Brote Joven» dont le dessein est l’accueil, la protection et l’éducation des «gamines», surnom des enfants des rues. Ancien «gamine» rescapé de la délinquance, Nolberto lutte désormais pour endiguer ce fléau, perpétuant ainsi l’objectif d’Edmond, son mentor suisse défunt. Il rencontre Giovanna, une employée de l’organisation humanitaire suisse soutenant «Brote Joven» et mandatée pour vérifier ses comptes. Leur rencontre, d’abord professionnelle, deviendra plus intime à  mesure qu’ils découvriront la précarité de la situation en Colombie. Rencontre avec l’auteur Michel Diserens.

 

Avant tout, parlons de l’événement: comment se déroule ce week-end de dédicaces? Avez-vous été chaleureusement accueilli par les organisateurs et le staff?

L’accueil est exceptionnel. J’ai participé à  plusieurs salons, que ce soit en Suisse ou en France, mais c’est incomparable. Autant la qualité du cadre, au bord du lac, que l’installation pour les auteurs. Tout particulièrement, je souhaite remercier le staff, que ce soient les libraires de chez Payot ou les bénévoles, qui nous accueillent chaleureusement. On a toujours une bouteille d’eau, ils passent souvent vers nous; c’est extraordinaire.

 

Et que vous apporte un événement comme celui-ci?

Une rencontre avec les lecteurs, ou avec les futurs lecteurs, c’est la première chose. Et puis, bien sûr, des ventes – bien qu’un auteur en Suisse romande ne vive pas financièrement de son activité, c’est un mythe à  oublier -, car quand on a écrit un livre, on aime tout simplement avoir le plus grand nombre de lecteurs possible. Ici, c’est un salon où on vend beaucoup. Je pense que chaque auteur a vendu au moins une dizaine de livres par jour, ce qui est assez rare pour un auteur méconnu comme moi.

 

Venons-en à  votre Š«uvre qui, contrairement à  vos deux dernières publications chez «Plaisir de lire», n’est pas un roman policier -» quoiqu’il est nappé de suspense. Un besoin de changer d’air?

En fait, j’ai écrit ce livre il y a six ans, donc entre les deux policiers que vous évoquez. Mais, en effet, je ne veux pas m’enfermer dans un genre, et c’est un défi d’en essayer plusieurs. De ce côté-là , je suis peut-être un auteur quelque peu atypique.

 

Et le thème de ce nouveau genre est la Colombie. Quelle relation entretenez-vous avec ce pays?

J’y ai voyagé quand j’avais vingt ans; j’en suis tombé amoureux. C’est un pays magnifique, même si le nombre de morts annuel en fait un endroit difficile: l’ONU l’a classé pendant quinze ans comme pays le plus dangereux au monde. Mis à  part cela, les gens sont extraordinaires. Ce lien est donc affectif, bien que je n’y sois plus retourné depuis vingt-cinq ans.

 

Votre ouvrage exhibe notamment clairement l’indigence sociale en Colombie. Mais était-ce votre but initial de traiter du problème des «gamines»?

Oui, j’ai choisi comme toile de fond, comme décor, la Colombie, et les enfants des rues comme thème. En revanche, j’ignorais que j’en ferais un ouvrage aussi romantique -» c’est un roman social, au départ -», à  cause du simple fait que l’émissaire de l’ONG suisse est une femme, et Nolberto un homme, ce qui permet à  beaucoup de choses de se passer. On ne contrôle pas toujours ses personnages. Mais, en effet, je voulais parler des «gamines».

 

Malgré ses aspects négatifs, vous célébrez les beautés et la convivialité de la Colombie, en particulier à  travers les regards de Giovanna et d’Edmond. Comme vous, ils tombent amoureux du pays, et nous pouvons aisément nous identifier à  eux. Votre dénonciation, votre critique serait-elle donc davantage politique?

Je ne suis pas énormément critique mais, bien sûr, je ne peux pas élaborer un roman social sans en parler. Malgré cela, je ne voulais pas excessivement aborder la politique. Pour répondre, je dirais que l’appareil politique est en partie responsable, mais c’est bien plus complexe que cela. Le plus grave -» c’est d’ailleurs pour cela que j’ai baptisé mon roman «Les Funambules de l’indifférence» -» est que la société colombienne elle-même devient indifférente à  la misère infantile. Quand on voit qu’il y a des liquidations en masse d’enfants des rues à  la mitraillette, c’est juste incroyable. C’est très peu médiatisé, mais cela arrive réellement; on ne sait plus que faire de ces «gamines»! Et il faut un tel niveau d’indifférence en tant que citoyen pour agir ainsi en étant persuadé de commettre un acte nécessaire et bénéfique à  la société, c’est impensable.

 

Une dernière question: quels sont, aujourd’hui, vos projets littéraires?

Sortir régulièrement ma série policière, afin d’en faire évoluer le personnage principal, Sophie Lanzmann, que j’adore voir vieillir à  mesure de mon écriture et de l’espace entre chaque publication. Sinon, j’ai le projet, bien que je n’aie pas encore trouvé d’éditeur, d’une tétralogie de science-fiction; j’ai déjà  écrit le premier, et le synopsis des trois autres. Malheureusement, la science-fiction se publie très peu en Suisse romande et demeure très élitiste en France, où il est préférable d’avoir un réseau de connaissances…