Culture | 28.08.2012

TDKR : Nolan ou la fausse subversion

Texte de Mathieu Roux | Photos de Warner Bros
Industrie hollywoodienne et idéologie vont souvent de pair et cela ne date pas d'hier. Batman, aussi «super-héros» qu'il puisse être, n'échappe malheureusement pas à  la tradition. [Attention: Spoiler]
Au premier visionnage, "The Dark Knight Rises" peut sembler subversif pour différentes raisons.
Photo: Warner Bros

Sans surprise, le film est à  la hauteur de la vulnérabilité de Bruce Wayne: immense (à  part la fin). Tout a été dit et redit sur le dernier Batman, cinématographiquement parlant. Tout le monde s’accorde sur ses qualités de «blockbuster intelligent», sur son hommage plus que réussi à  la culture américaine des comics et sur son statut de dernier volet d’une trilogie «super-héroïque», considérée à  raison comme la meilleure jamais produite. Passons. Plus intéressant est le message idéologique qui s’y dessine en filigrane.

 

Au premier visionnage, The Dark Knight Rises (TDKR) peut sembler subversif pour différentes raisons. Néanmoins, à  y regarder de plus près, le film n’est que pure propagande: il proclame la viabilité du système capitaliste et ses dérives néo-libérales comme seule alternative durable, s’octroie par-dessus le marché de reléguer ses opposants au vulgaire rang de psychopathes (Bane en tête). Ainsi Gotham, qui entretient avec New-York une analogie plus qu’évidente (qui n’échappe d’ailleurs à  personne depuis bien longtemps), est sauvée par une répression policière musclée et par un milliardaire en costume.

 

Pourtant, plusieurs éléments du film se font brutalement l’écho d’une réalité éminemment actuelle; et laissent entrevoir l’effondrement d’un système remplacé par les balbutiements d’un autre. Citons le crash boursier, la trahison des élites (le mensonge de Gordon au sujet d’Harvey Dent), l’écroulement du stade (symbole états-unien par excellence) ou la tirade anticipatrice de Selina Kyle: «Il y a une tempête à  venir M. Wayne… vous allez tous vous demander comment vous avez pensé que vous pouviez vivre si largement, et laisser si peu pour le reste d’entre nous.». A travers les déclarations de Bane, on pourrait imaginer ce dernier en marxiste révolutionnaire, engagé dans la lutte des classes, prônant la révolution immédiate:

«Nous reprenons Gotham aux riches…les puissants seront arrachés à  leur vie de décadence et projetés dans le monde froid que nous connaissons et subissons. Des tribunaux seront institués et le butin sera partagé. Le sang sera versé. La police survivra en apprenant à  servir la véritable justice. Cette grande ville saura faire face, Gotham survivra.»

 

Il n’en est rien. La posture anti-système du «vilain» est grossièrement doublée de celle d’un meurtrier de masse à  la botte d’une manipulatrice (la fille de Ra’s Al Ghul); ce qui le range dans la catégorie confortable des terroristes, éternels boucs émissaires à  la ville comme à  l’écran:

«…Pas de désespérance véritable sans espoir. Alors, tandis que je terrorise Gotham, je vais instiller l’espoir dans ses habitants pour leur empoisonner l’âme. Je vais leur faire croire qu’ils ont une chance de survivre pour que tu puisses les voir s’écraser les uns, les autres; afin de rester au soleil. Tu vas me regarder torturer une ville entière et quand tu auras bien conscience de l’entendue de ton échec, nous accomplirons le destin de Ra’s Al Ghul, nous détruirons Gotham.»

 

Ouf, la morale est sauve et la survie du «Dark Knight» assure un happy-end définitivement mièvre. Sous ses airs révolutionnaires, Nolan aura donc pondu un dernier chapitre inoffensif et, soit dit en passant, difficilement finançable s’il en avait été autrement.