Culture | 21.08.2012

Pirates promoteurs d’artistes

Ou quand des artistes utilisent un site pirate comme outil de promotion.
La page d'accueil du site The Pirate Bay est de temps en temps utilisée pour faire la promotion d'artistes. Image: thepiratebay.se/promo Le musicien chilien Seba Lay a décidé de mettre sa musique en téléchargement libre sur internet.
Photo: page Facebook de Seba Lay

tink.ch n’est aucunement affilié à  The Pirate Bay et nous vous rappelons que le partage de contenu protégé par des droits d’auteurs est punissable par la loi.

 

Lancé à  l’origine par l’organisation anticopyright suédoise «Piratbyrån», The Pirate Bay (TPB) est un site mondialement connu permettant le téléchargement de tout type de contenu, en particulier de fichiers protégés par des droits d’auteurs. Mais c’est également une communauté d’hacktivistes, ce terme désignant des hackers militants pour leurs idées politiques, entre autres l’usage des technologies et la liberté d’expression. Fin janvier 2012, le site lance «The Promo Bay»: de temps à  autre, la page d’accueil est utilisée pour faire la promotion d’artistes laissant un accès numérique libre à  leur art, ou du moins en partie.

 

Au travers de deux interviews, des artistes qui ont pu bénéficier du concept «The Promo Bay» nous ont fait part de leur avis sur l’industrie de la musique et le partage de fichiers. La première a été réalisée avec Seba Lay, chanteur et musicien chilien. La seconde, à  découvrir la semaine prochaine, met en lumière Memfis, un groupe suédois qui après une mauvaise expérience avec son label a décidé de devenir indépendant.

 

 

 

(interview avec Seba Lay traduite de l’espagnol)

 

Comment as-tu découvert The Promo Bay?

Je suis tombé sur l’annonce, car je suis un utilisateur fréquent de The Pirate Bay.

 

Que penses-tu de The Promo Bay et The Pirate Bay?

The Promo Bay est une excellente plate-forme pour faire connaître l’art underground à  un grand public qui ne se conforme pas à  suivre la tendance imposée par les médias de masse. C’est un bon outil pour faire circuler l’art entre des personnes qui ont une même vision de la culture libre et du partage comme une expérience nécessaire au développement de la créativité de tous, êtres humains, êtres sociaux.

 

Pourquoi as-tu choisi de diffuser tes chansons de cette manière?

En vérité, je crois que la création n’est pas la propriété de qui que ce soit; et que si je la partage librement, cela aide à  diffuser le savoir, l’influence et la créativité avec lesquels on peut continuer à  évoluer. Et ça marche, non?

 

Quelle est ton opinion de l’industrie de la musique, d’une manière générale?

L’industrie de la musique a deux grandes branches qu’il faut, je crois, savoir différencier: il y a l’industrie du divertissement, et celle de l’art. Il y a de la musique qui existe uniquement pour divertir et se faire de l’argent, en se basant sur des moyens financiers massifs; et il existe la musique qui se manie plutôt comme une peinture, ou à  la manière des autres disciplines artistiques. Les deux s’adressent à  des cibles distinctes et cherchent à  apporter des choses différentes à  leur public. Aucune n’est forcément mauvaise, mais je pense qu’il est important de savoir les différencier.

 

Selon toi, est-ce que le partage de fichiers est un problème pour les artistes?

Cela dépend. Pour un artiste qui vend déjà  des millions de copies, le partage de fichiers ne change pas spécialement sa situation; excepté le fait que l’on puisse accéder de manière gratuite à  du contenu que l’industrie nous avait habitués à  payer pour obtenir. Pour un artiste qui n’est pas connu, le partage de fichier est un gigantesque outil pour parvenir à  augmenter la quantité de personnes qui peuvent accéder à  son art. «Sharing is caring» [«Partager, c’est s’intéresser», ndlr], c’est ce que j’ai appris.

 

Crois-tu qu’un artiste indépendant qui laisse télécharger ses créations par internet pourrait avoir le même succès qu’un groupe «commercial» travaillant, par exemple, avec un label de musique?

Je crois que le succès est quelque chose de subjectif. Pour moi, le succès ne se reflète pas dans la quantité de titres vendus mais plutôt dans les objectifs personnels. De la manière dont je vois les choses, j’ai déjà  du succès. Je suis heureux, je suis sans cesse entouré de personnes me témoignant de l’amour, je fais ce qui me plait et je peux transformer tous les sentiments que je ressens en musique. Je constate que des personnes se retrouvent dans ces sentiments. Je ne saurais que demander de plus. Pour répondre directement à  la question, je crois que l’on ne peut pas tirer grand profit des téléchargements ; mais ce n’est pas une nécessité si l’on a un bon public avec lequel on est lié de manière honnête et sincère.

 

Selon toi, dans le futur, la solution serait-elle que les artistes soient indépendants, gagnent leur vie par le biais de donations, de concerts, etc., mais tout en offrant la possibilité de télécharger gratuitement leurs créations?

Je crois que le futur se basera sur ça. Peut-être que le système de médias de masse (TV ou radio) continuera à  nous «recommander» ce que l’on doit écouter. Mais en même temps plus les gens sauront bien utiliser l’internet et apprendront à  écouter ce qu’ils aiment ou ce qu’ils cherchent, moins ils auront besoin de ces médias de masse. Ce serait un système plus direct et plus personnalisé. On perd les liens de masse et on gagne des liens directs. Des liens directs entre quelqu’un qui veut écouter de la musique et un artiste qui fait exactement cette musique. Je crois que cela aide à  l’évolution artistique et sociale de l’humanité.