Culture | 13.08.2012

Mémoires programmées

Total Recall, sur nos écrans dès demain, est un film d'action, d'effets spéciaux et de décors incroyables ! Les acteurs à  l'affiche (Colin Farrell, Jessica Biel et Kate Beckinsale) ne rendent que plus attirante cette deuxième version adaptée du livre de Philip. K. Dick « We can remember it for you wholesale ».
Lassé de son quotidien, Douglas Quaid (Colin Farrell) choisir de se faire implanter une nouvelle mémoire plus trépidante. En surfant à  l'adresse indiquée sur l'affiche, on entre sur un site promotionnel plutôt original. Photos: Sony Pictures

Une toxine s’est répandue à  travers le monde, le rendant inhabitable sauf dans deux zones : la Fédération (Grande-Bretagne) et la Colonie (Australie) sont reliées l’une à  l’autre par l’impressionnante «Chute», qui permet aux populations de voyager d’un endroit à  l’autre en seulement 17 minutes. Ce parcours est le quotidien de Douglas Quaid (Colin Farrell), qui vit dans la Colonie et travaille à  la Fédération dans la fabrication de robots pour la police fédérale.

 

Mais Doug est fatigué de cette vie monotone et rêve d’autre chose. Il se rend alors à  l’agence Rekall, qui implante des souvenirs à  partir des souhaits de leurs clients. Le souhait de Doug est de revêtir le passé d’un agent secret infiltré et en compagnie, évidemment, d’une belle femme brune nommée Mélina (Jessica Biel); mais quelque chose posera problème et l’implantation du souvenir ne se fera pas. Pourtant voilà  Doug poursuivi et traqué par la police fédérale dont sa femme Lori (Kate Beckinsale), une espionne qui jouait en fait le rôle de son épouse. Il est un agent doublement infiltré, autant pour le compte de Cohaagen, le Chancelier, que pour Kuato le chef de la Résistance qui demande l’indépendance de la Colonie.

 

Total Recall regroupe tous les ingrédients du film américain: de l’action, des effets spéciaux, des décors futuristes grandioses et une histoire d’amour. Et pourtant il n’a pas su me captiver, à  m’accrocher du début jusqu’à  la fin. L’intrigue a été gâchée par le surplus d’action. L’équipe de réalisation a voulu moderniser la première version du film (sortie en 1990) en actualisant les décors, les personnages et les effets spéciaux; mais ils ont trop misé sur cela, et c’est probablement la plus grosse perte de ce film. De plus, l’action empêche également un attachement aux personnages car ils sont sans cesse en mouvement, ne parlent pas, mais combattent.

 

Peut-être n’aurais-je pas dû, la veille même de la projection, regarder le Total Recall de 1990 afin de visionner la version 2012 avec des yeux nouveaux? Sûrement que le réalisateur, Len Wiseman, avait envie d’apporter un autre regard, une autre façon d’interpréter l’histoire. Par exemple, toute l’intrigue se déroule sur terre et le conflit géopolitique ne se centre pas sur Mars comme dans la première version, mais sur la Colonie. Dans le premier, nous avions un Cohaagen qui voulait s’enrichir en vendant son oxygène sur Mars; dans le second, il cherche à  vider la Colonie afin de libérer de l’espace pour les habitants de la «métropole».

 

En effet, Total Recall est un mélange du passé colonial, avec une métropole dirigeant économiquement et politiquement la colonie et quelques éléments de modernité «futuriste». Je prends l’exemple des pendulaires qui parcourent quotidiennement les kilomètres qui séparent leurs domiciles de leur travail grâce à  la Chute, ou encore tous les gadgets électroniques innovants comme le téléphone portable implanté dans la main même de son utilisateur. Peut-être y voit-on une sorte de critique de notre société où nous avons presque le téléphone incorporé à  la main, et avec lequel nous sommes joignables à  tout moment de la journée. Et on retrouve, en comparaison avec la version de 1990, un accent mis sur les femmes de l’histoire: Lori et Mélina. Lori sera très présente du début jusqu’à  la fin. Elle dirigera les opérations et sera même la dernière rivale de Doug après Cohaagen.

 

Len Wiseman a pourtant joué avec la première version de Total Recall en introduisant, par exemple, des personnages du premier film. Le moment qui m’a fait beaucoup sourire fut le passage à  la douane où dans le premier film, Douglas Quaid (interprété par Arnold Schwarzenegger) se déguise en femme afin de ne pas être reconnu. Dans la seconde version la femme est bien là , mais cela ne se passe pas comme l’attendent les spectateurs ayant déjà  vu le premier film. Je ne vous dévoilerai pas la surprise!

 

En bref, les plus de ce film sont La Chute (The Fall en anglais), impressionnante et comparable à  une fusée terrestre joignant deux bouts de la terre en quelques minutes, et dans laquelle il faut se méfier de la pesanteur. Les décors valent aussi le détour, ils intègrent par exemple, des villes construites sur différents niveaux car devant abriter tous les êtres humains du monde en deux seules régions. Nous sommes également surpris par des voitures spatiales qui prennent des ascenseurs pour descendre au niveau inférieur de la ville, et nos voitures de tous les jours roulant au «rez-de-chaussée». J’ai aimé aussi la touche déprimante de la pluie qui tombait souvent sur la Colonie, elle contribuait à  accentuer l’atmosphère dépravée et miséreuse d’une ville qui subit la puissance économique et politique de la Fédération.

 

Et enfin, touche plus positive, on apprécie les renouveaux apportés au film comme une multi culturalité des personnages ou encore les magnifiques tatouages lumineux. Ceux-ci pourraient représenter, peut-être, l’extrême de cet art corporel avec des jeux de lumière autant de couleurs que d’intensité, afin qu’un détail du tatouage ressorte plus qu’un autre.

 

Pour terminer cet article, je voulais partager avec vous cette affiche publicitaire que j’ai vue le jour même où je suis allée voir le film. Une publicité Rekall (comme c’est d’ailleurs écrit dans le film) nous montre ces deux belles femmes et dit «Raconte-nous tes fantasmes. Nous les rendrons réels.». Il s’est avéré qu’en visitant la page web inscrite sur l’affiche, on entre sur un site publicitaire surprenant. On commence par une visite virtuelle des décors du film; une femme nous explique le fonctionnement de l’agence Rekall, comme si nous étions nous-mêmes des clients venus se renseigner pour se faire implanter des souvenirs factices. Le spectateur éventuel devient alors à  la fois acteur et client du film. C’est très original! Il est possible de choisir le souvenir que l’on souhaite se faire implanter, comme par exemple «agent secret», «rock star» ou encore «astronaute». Intriguée, je choisis «fashionista»; et vous, quel sera votre choix ?

 

Accès au site promotionnel interactif : www.welcometorekall.com