Culture | 21.08.2012

Fantasmes nordiques

Texte de Juliette Ivanez | Photos de Zootrope Films
Le film norvégien « Turn me on, goddammit » est un conte sans tabou sur l'adolescence et ses tourments. Dès demain sur nos écrans, il est sorti en 2011 en Norvège et a déjà  été primé dans plusieurs festivals internationaux.
Suite à  un épisode malencontreux, Alma est complètement marginalisée par son entourage.
Photo: Zootrope Films

A 15 ans, Alma sait qu’elle traverse une période compliquée de son existence. Ses amis, l’école, sa mère, tout semble l’appeler vers un conformisme qu’elle se refuse à  observer. Car toutes ses pensées sont tournées vers celui dont on ne doit pas prononcer le nom: le sexe. Tourmentée à  l’extrême par ses hormones, l’adolescente trouve refuge dans ses rêveries érotiques de nuit comme de jour (ces dernières étant l’occasion de quelques cocasseries…), et n’hésite pas à  faire appel aux services d’un téléphone rose pour alimenter son plaisir. Malheureusement, Alma habite Skoddeheimen: dans ce petit village très perdu au fond de la Norvège, tout se sait très vite…

 

Alma veut Artur, parce qu’il est beau et qu’il joue de la guitare. Au fond, elle l’aime vraiment bien, et rêve qu’il la rejoint dans sa chambre pour une nuit de tendresse. Mais un soir, lors d’une fête organisée par les jeunes du village, Artur montre sa bite à  Alma. Une fois passée la surprise, c’est le début des ennuis pour la jeune fille…Elle a la naïveté de raconter l’incident à  ses copines; rapidement, tout le monde est au courant mais personne ne la croit, et la sentence est implacable. «Alma-la-bite» comme on l’appelle désormais est mise au ban de sa petite société et décrétée infréquentable avec effet immédiat..

 

Au fond des fjords, on ne voit pas beaucoup le soleil. Et c’est tant mieux, car la pâleur des décors et le charme tranquille du Nord donnent toute son ampleur onirique à  cette chronique adolescente signée Jannicke Systad Jacobsen. C’était bien un petit défi de faire un film sur l’âge ingrat, sans tomber dans le cliché d’une jeunesse désabusée, provocatrice ou ultra-naïve. Ici Alma n’est qu’une fille parmi les filles. Mais la narration à  travers son regard fait d’elle une héroïne d’un jour pour laquelle on ressent volontiers une violente empathie. On constate non sans satisfaction que ce film qui aurait pu, de par son scénario un peu prévisible et sa présumée nunucherie, virer rapidement dans le soporifique, se révèle au final distrayant et même assez savoureux.

 

On a très souvent qualifié ce film sorti en 2011 de «sympathique». Mais l’immense succès qu’il a recueilli en Norvège nous pousse à  chercher un peu plus loin que son simple agrément. Qu’est-ce qui plait tant dans Turn me on, goddammit? Un film qui parle sans détours de la sexualité adolescente, avec une bande-son réjouissante et des décors que nombre trouveront romanesques: on peut parier que la formule fera également recette chez nous.