Culture | 16.07.2012

Retour dans le temps

Texte de Zeina Takache
Internet, SMS, E-mail, WhatsApp, Facebook... Aujourd'hui, il ne sert plus à  rien de faire l'autruche: l'avancée de la technologie semble condamner ces lettres que nos parents et grands-parents écrivaient à  la main, décorées de belles courbes et éventuellement de parfum...
Les visiteurs du Festival de la Cité ont pu redécouvrir le plaisir de correspondre à  l'ancienne. Photos : Zeina Takache

Envolées les belles correspondances et l’attente langoureuse et taquine d’une réponse amoureuse, enflammée ou amicale. La technologie a bel et bien transformé nos rapports sociaux. Pourtant, une petite exception s’est dessinée toute la semaine au Festival de la Cité, à  Lausanne. «Une lettre, un mot d’amour à  dire, un face à  face trop difficile? N’hésitez pas à  écrire!», me dit la Postière. Voilà  que j’étais tombée sur un lieu bien curieux: La Poste de l’amour.

 

Ecrire une lettre, oui, mais pas n’importe comment!

Décors, tables et chaises de bois, le public était convié à  s’attabler et à  écrire comme le faisaient nos grands-parents: au pot d’encre et à  la plume à  tremper. Et des couleurs, il y en avait pour exprimer l’amour: du Bleu Nuit, une Poussière de Lune, une Lie de Thé ou l’Orange Indien… La palette de l’arc-en-ciel s’étendait dans un cahier par de drôles de petites phrases comme: «C’est les mille et une nuit à  l’Ambre de Birmanie».

 

Les visiteurs du festival étaient invités à  rédiger des lettres à  leurs amis, leur famille ou leurs proches, où qu’ils soient, pour répandre à  travers le monde ce mot, ce sentiment bien étrange qu’est l’amour. Il fallait choisir l’une ou l’autre des deux possibilités d’envoi, ou bien les combiner; en vélogramme, le public avait la possibilité d’écrire un message distribué au destinataire se trouvant sur le site du festival par des postiers en vélo. On pouvait aussi opter pour la lettre, à  destination de n’importe quel endroit de Suisse, comme du monde. Le prix? A votre discrétion, demoiselles et demoiseaux!

 

La foule, dans une ambiance musicale et inédite s’est livrée toute la semaine à  l’écriture avec une ardeur inattendue, vraisemblablement séduite par le charisme des postiers et la méthode dite «de l’ancien temps».

 

Le Festival de la Cité a permis au public de cotôyer la compagnie de rue (française) Hydragon, qui poste des lettres d’amour lors d’évènements festifs depuis maintenant douze ans. Force est de constater qu’à  aucun moment, ils n’ont perdu de leur entrain, ni de leur chaleur, au plus grand bonheur des visiteurs souvent nombreux à  revenir.

 

Pour vous, je me prête à  l’exercice

En écrivant, des tas de souvenirs affluent, et les émotions passent, une à  une, plus différentes les unes que les autres. Oui, lorsque je dessine les courbes de mes mots à  la Poste de l’amour du festival, je voyage au travers des lettres, me rappelle, rigole et me confie à  la page qui ne m’appartiendra plus du moment que son destinataire l’aura reçue. Je termine, poste ma lettre, et m’en vais m’asseoir quelque part pour écrire cette expérience sur un moyen moderne d’aujourd’hui: l’Iphone. Que c’est différent…

 

L’on se souvient de ce moment passé à  l’office des cŠ«urs: l’accordéon fanfaronnant, tandis que la plume grésille sur le papier, les autres écrivains d’une minute rencontrés et le cŠ«ur rempli de la comédie des postiers. En cette dernière journée de festival peu estivale, froide et pluvieuse, la chaleur, la vraie, était en nous, sous cette tente de lettres et de fous d’amour.