Culture | 08.07.2012

« Le monde d’aujourd’hui est métissé »

Texte de Anne Maron
Qui n'a jamais tombé la chemise sur le fameux tube de l'été 1999 ? Aujourd'hui, le temps a passé mais les Toulousains de Zebda sont restés les mêmes : naturels, enthousiastes et motivés. Ils sont à  Montjoux ce soir pour nous présenter leur nouvel album « Second Tour ». Fraîchement arrivés d'Alger, Mustapha, l'un des chanteurs du groupe, nous accorde un peu de temps pour répondre à  quelques questions.
Près de 15 ans après leur tube "Tomber la chemise", les musiciens de Zebda ne sont pas prêts de s'arrêter. Public réceptif pour leur concert au Montjoux Festival, vendredi soir. (photos : Anne Maron)

Je suis vraiment contente de vous rencontrer, Zebda ça représente une bonne partie de ma jeunesse ! Il faut dire que le groupe existe depuis 1985 déjà . Qu’est-ce qui a changé pendant ces 27 années ?

Je dirais nous surtout : on a vieilli, on a appris à  faire de la musique, à  écrire des chansons, à  faire de la scène, on a eu des enfants… On a vécu beaucoup de choses, quoi ! Et puis le monde a changé aussi et il a changé parce qu’il change depuis la nuit des temps finalement, il a toujours été dans un mouvement plus ou moins positif. Il y a quand même beaucoup de choses qui ont bougé depuis 1985, ça c’est certain !

 

Vous faites parti de ces groupes engagés qui rassemblent et qui sont très actifs sur de nombreux plans. Est-ce que vos combats d’aujourd’hui sont les mêmes que vos combats de 1985 ?

Ce sont exactement les mêmes, parce que nos combats principaux sont liés directement à  notre histoire d’enfants d’Algériens nés en France. Très jeunes, s’est donc posée à  nous la question du multiculturalisme, de la place de cette diversité culturelle dans un pays comme la France, dans notre pays. Et on le voit toujours très présent dans l’actualité, parce que finalement les sociétés dans lesquelles on vit sont des sociétés modernes qui incluent de fait cette multiculturalité qui n’était pas si présente que ça avant. Avant on avait un rapport colonial et aujourd’hui on a un rapport qui, a priori, doit être plus équilibré entre les cultures, notamment entre celles du Nord et du Sud. C’est complexe, c’est difficile, ça prend du temps mais c’est inexorable. Le monde moderne est un monde métissé par définition puisque le rapport de domination entre les peuples et les cultures ne sont plus tout à  fait les mêmes qu’ils ne l’étaient au XIXème siècle par exemple. Aujourd’hui, on n’en est plus là . Il y a encore des dimensions politiques qui résistent à  ça, qui veulent préserver l’idée d’une Europe blanche et catholique. Evidemment, ça a évolué depuis 1985 mais la cause politique reste la même. Les choses avancent mais le combat continue.

 

 

Vous revenez tout juste d’Alger. Est-ce que le spectacle est perçu différemment en Algérie par rapport à  la France ? Y a-t-il une différence d’accueil ?

Comme dans tous les pays dans lesquels on a joué, l’Algérie, l’Espagne, l’Argentine, la Syrie, il est perçu différemment, c’est certain. Avec Zebda, on aborde vraiment la société française qui est la nôtre donc forcément, le spectacle est compris ici d’une manière différente de l’étranger. En Algérie, la particularité est que c’est un pays qui retrouve la vie à  l’extérieur, qui est passé par des années terribles entre les années 90 et les années 2000, notamment à  cause du terrorisme, pendant lesquelles s’est installée la peur. Aujourd’hui, cette peur commence un peu à  s’estomper et voici ce à  quoi on assiste : des milliers de jeunes pour un concert gratuit en plein air, une ferveur strictement similaire à  celle qu’on pourrait rencontrer en Europe. Tous les publics sont potentiellement prêts à  donner et à  partager, c’est la dimension universelle : on a en même temps des cultures différentes avec des codes qui ne sont pas tout à  fait les mêmes.

 

10 ans après l’énorme succès que vous avez eu avec « Tomber la chemise », quel souvenir en gardez-vous ?

C’est un souvenir fabuleux ! On a connu ce succès après 12 ans de route durant laquelle on a fait une progression : on a commencé dans les bars, les tremplins puis on a commencé par être découverts par les gens, aidés, appuyés. Finalement, pendant 12 ans on a appris à  faire de la musique parce que quand on a commencé, on était surtout plein d’énergie et pas forcément d’excellents musiciens. Et au bout de 12  ans, on fait un troisième album qui connaît un succès assez important. On l’a vécu comme lorsqu’on doit escalader un mât de cocagne dans les fêtes traditionnelles, comme quelque chose de très fort. Et en même temps, on a toujours l’idée de faire le grand écart : faire une musique populaire et festive mais en même temps dire des choses. Notre défi était de faire la fête sans se prendre la tête. Le paradoxe était que le succès de « Tomber la chemise » était tellement énorme qu’il en est devenu un peu réducteur. Je crois que tous les gens qui vivent des tubes comme on l’a vécu se disent à  un moment : « Je ne suis pas que ça ». Le problème est qu’il y a une forme de matraquage qui s’installe : les chansons qu’on aime bien mais qu’on entend trop, au bout d’un moment finissent par nous souler. On a vécu ce tube, on avait tous 30 ans et on a géré ça magnifiquement bien, on ne s’est pas explosés en plein vol. Si ça m’était arrivé à  18 ans, j’aurais peut-être réagi différemment. La réussite est plus facile à  gérer quand tu es un peu plus mûr.