Culture | 08.07.2012

Le français comme dernier rendez-vous

Texte de Anne Maron
Dans chaque festival se trouve un coup de cS«ur qu'on découvre au détour d'une scène. Après Najavibes jeudi soir et The Defibrillators samedi, c'est au tour de Dimoné d'entrer dans cette précieuse catégorie.
Dimoné sur la scène du Montjoux Festival, samedi soir. "Je n'ai rien à  défendre, à  part chercher à  correspondre à  mon élégance personnelle." (photos : Anne Maron)

Accompagné sur scène de Jean-Christophe, son musicien, Dimoné nous entraîne dans l’univers d’un rock écorché et poétique où les mots témoignent de la sensibilité du chanteur. A la sortie de son concert, une bière à  la main, Dimoné nous rejoint sur la terrasse du château pour un tête-à -tête presque philosophique.

 

Pour commencer, peux-tu nous expliquer d’où vient le nom Dimoné ?

C’est une manière de trouver un attachement à  mes origines catalanes. C’est une sorte d’anagramme de Dominique, mon prénom, et « dimone » veut aussi dire « démon » dans la langue catalane ; on a donc pioché dans les lettres de Dominique pour créer ce nom-là .

 

Est-ce que ça veut dire que tu te sens un petit côté démon au fond ?

Disons que j’essaie de l’identifier pour ne pas le tenir par la queue, mais plutôt le tenir par le collier. Ce n’est pas lui qui me fait jouer, c’est une dualité.

 

Avant tu jouais avec un groupe qui s’appelait « Les Faunes » et qui était plus orienté pop-folk. Pourquoi as-tu décidé de poursuivre en solo ?

C’est l’idée de l’émancipation : tu sors du ventre de maman, on te coupe le cordon. On a l’impression que le groupe est réchauffant, il prend les coups à  ta place. Exister parmi les siens est l’idée de comment communiquer son insupportabilité liée à  la solitude. Je souhaite cette solitude, elle est inhérente à  notre condition mais c’est tellement insupportable qu’il faut en parler. C’est pour ça que le groupe s’arrête à  un moment donné, parce que les aventures ne sont pas assez fortes et l’exaltation de la solitude nous permet de diaboliser ça. Il y a le diable et l’ange du capitaine Haddock en moi, ça me fait beaucoup de compagnie. Cette solitude est plutôt agréable dans les moments de conversation.

 

On peut dire que tu fais parti du monde de la chanson française mais ça reste un univers encore assez large. Comment définirais-tu ta musique ?

C’est compliqué de libeller. La chanson française est un peu un entonnoir. Les gens qui produisent des alcools achètent des tonneaux  dans lesquels ont vieilli les vins, et il y  a un marché du vieux tonneau dans lequel on fait vieillir d’autres alcools. Je dis ça parce que je suis un vieux tonneau et que j’ai des tannins de rock dans mon tonneau : si je veux faire un petit voyage de chanson française, il sera au tannin de rock. C’est ce qui va coller à  mon âge : je me trouve moins beau qu’avant, mon narcissisme me quitte petit à  petit… Ca me plaît d’être parmi les gens réveillés mais je n’ai rien à  défendre, à  part chercher à  correspondre à  mon élégance personnelle. L’idée de la chanson française c’est pour parler à  nos oreilles, nous, peuple de France. Mais ça ne se résout pas à  ça, ça a été beaucoup nourri à  l’influence du rock ; parce que quand tu es un petit garçon caractériel comme j’étais, il ne fallait pas qu’on parle trop vite de sentiments, il fallait que je les éprouve. Tout ça passe par des choses complètement tordues, il faut faire un petit chemin pour arriver à  ressentir. L’anglais était agréable et pratique pour être dans une nature abstraite, tu te rencontres là -dedans et après tu t’apaises. Le français est là  pour faire la paix.

 

 

Ecrire en français te permet aussi de t’appuyer plus sur les mots ; on voit bien que tes textes sont proéminents dans ton univers.

C’est un vrai compagnonnage. Ca valide ma bêtise et mon ridicule. Je suis avec Jean-Christophe qui est mon alter-égal  et le texte est mon parrain, mon parent. Il est vraiment ma canne, il est mon talon, il est mon cuir, il est tout ça. J’ai 45 ans et ça n’a pas toujours été comme ça. Plus ça va et plus ça s’ancre, ça m’accompagne et ça me valide. Les mots me font avoir un son pourri, ils me font jouer faux, ils me font jouer pas carré, ils me font être en colère… Donc le français est vraiment mon dernier rendez-vous.