Culture | 07.07.2012

Investigation meurtrière

Texte de Joëlle Misson | Photos de NIFFF
Du 6 au 14 juillet, le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) accueille une multitude de films tous plus décalés les uns que les autres, dans ses sept salles de projections. Gros plan sur Ace Attorney, à  voir encore le 11 juillet à  21h30.
Le procureur Miles Edgeworth, fils de Gregory Edgeworth, animé d'une passion exacerbée pour son métier.
Photo: NIFFF

« Un vrai casse-tête chinois »… Après avoir visionné Ace Attorney (L’avocat d’as), vous n’aurez aucune peine à  concevoir que cette expression bien connue trouve son origine dans le scénario à  boîtes des films asiatiques.

 

Passer du « simple » cas du meurtre de Mia Fey, avocate et mentor de Phoenix Wright, petit avocat un brin pathétique, au cas DL-6, la plus grande affaire non résolue depuis 15 ans, c’est ce que nous propose Ace Attorney. La plupart du film se déroule dans une salle d’audience, entre le juge, l’avocat et le procureur, les témoins et les accusés.

Mais du meurtre de Mia Fey démarre une énorme investigation qui mènera Phoenix Wright à  élucider contre toute attente le mystère et trouver la tête pensante du cas DL-6; le meurtre de Gregory Edgeworth, lui aussi avocat, et père de Miles Edgeworth. Ce dernier fait face à  Phoenix Wright durant le procès concernant le meurtre de Mia Fey.

 

Plus tard également accusé de meurtre, Miles Edgeworth sera défendu jusqu’au bout par Phoenix Wright. Etrange événement puisque ces deux personnages semblent plutôt entretenir un statut social d’ennemi. Mais Phoenix Wright n’a jamais oublié ce que Miles Edgeworth a fait quand ils étaient encore de jeunes enfants; ce dernier l’a défendu devant toute la classe alors qu’il était accusé d’avoir volé de l’argent.

Au final, Phoenix Wright a « payé sa dette » envers Miles Edgeworth. Le pardon et la réconciliation triomphent entre les deux hommes, et c’est une relation restaurée qui s’installe, symbolisée par cette poigneé de main presque comique, après tant d’années d’hostilité.

 

Ace Attorney nous plonge dans un japon futuriste, bien que le scénario ne nous communique aucune année de référence. Rien non plus dans l’environnement n’avertit que l’histoire se déroulerait dans un autre temps, hormis le système judiciaire développé.

En effet, face au nombre croissant de crimes, les procédures ont été revues pour permettre un jugement immédiat; les procès durent trois jours au maximum avant que le verdict ne soit rendu. Les techniques de preuve ont été améliorées; de grands écrans télégraphiques accompagnent le procureur pour dévoiler ses investigations. Un claquement de doigt ou un pensée suffit à  afficher la preuve aux yeux de tous.

 

La multitude de personnages reliés par divers événements plonge le spectateur dans un processus bien cérébral. Si le but est de se détendre, un conseil: ne choisissez pas Ace Attorney. A l’inverse, si vous aimez réfléchir, relier et même parfois devoir revenir en arrière pour vous rappeler de « qui est qui » ou de « qui a fait quoi », ce film est fait pour vous.

 

Inspiré du jeu vidéo portant le même nom, les expressions exagérées des personnages, les coupes de cheveux ainsi que quelques éléments visuels font d’Ace Attorney un véritable manga filmé. Il s’agit tout aussi bien d’un film d’action que d’une comédie, sur léger fond de spiritisme. En effet, Misty Fey, dont nous assistons au meurtre en guise d’introduction, était une puissante médium. Son collier, dont a hérité sa fille Mia puis, après sa mort, son autre fille Maya revêt également un pouvoir. Une statuette semble être dotée du pouvoir de donner miraculeusement des idées lorsqu’on la « prie ». C’est du moins ce que prétend Larry Butz, l’ami excentrique de Phoenix Wright. Mais tous ces éléments semblent superflus au scénario, et ne lui apportent que peu de valeur ajoutée. En bref, on s’en serait bien passé.

 

Le suspense bien soutenu tout au long du film contribue à  ce qu’Ace Attorney se regarde facilement jusqu’au bout de ses 2h15 de temps. Digne d’un roman policier réussi et bien servi, il nous fait vagabonder d’hypothèses en hypothèses qui se voient constamment victimes d’un retournement de situation déstabilisant.

 

Tourné et produit au Japon en 2012, la projection du film au NIFFF est une première en Suisse. Il fait partie de la compétition asiatique « New cinéma from Asia ».