Culture | 06.07.2012

Des étoiles dans les yeux

Texte de Anne Maron
Un belge d'origine hispano-italienne et quatre malgaches, voilà  ceux qui composent le groupe de la scène belge Suarez. En première partie d'un grand nombre de concerts de Yannick Noah, Suarez se fait petit à  petit un nom dans le paysage musical français, mais reste encore relativement inconnu. Marc Pinilla, le chanteur du groupe, se plie à  l'exercice de l'interview pour nous en dire un peu plus.
"Il faut juste faire ce qu'on sait faire avec son cŠ“ur et avec ses tripes." (photos : Anne Maron)

On a souvent du mal à  définir le type de musique que vous faites, ça oscille souvent entre pop française, parfois un peu rock, et musique métissée… Est-ce que tu peux nous aider à  y voir plus clair dans le style de Suarez ?

Je dirais que c’est de la pop métissée chantée en français. On fait avant tout de la pop parce qu’on vient du milieu de la pop anglaise, et en même temps on essaye d’exprimer un maximum les origines de mes collègues qui viennent de la musique malgache. Et on fait tout ça en français !

 

Tes musiciens viennent de Madagascar. Comment s’est faite la rencontre avec les cousins Njava (Dada et Maximin à  la guitare et à  la basse, Pata à  la batterie), et également avec David (percussions) qui est arrivé plus tardivement ?

On s’est rencontrés dans leur studio d’enregistrement il y a une petite dizaine d’année dans lequel j’ai enregistré des maquettes, puis on s’est liés d’amitié, on s’est suivis pendant quelques années. Il y a cinq ans, on a décidé de faire de la chanson française ensemble, par le plus grand des hasards. A force de se fréquenter, on parle, on fait des choses, on teste… et Suarez est né il y a cinq ans plus ou moins.

 

Si je te dis « Interphone » … ?

Interphone était le premier nom qu’on a donné à  ce groupe, mais c’était un nom complètement bateau qui ne signifiait rien du tout. On a voulu donner un sens au projet, et ça passait par un nom. Le nom Suarez était beaucoup plus représentatif de qui on était. Suarez est le nom du premier colon portugais qui est arrivé à  Madagascar donc ça représente bien à  la fois moi qui suis d’origine méditerranéenne, et mes collègues qui sont malgaches. Mais il n’y a eu aucune transition dans la musique.

 

On a l’impression  que votre deuxième album « L’Indécideur » est un peu plus métissé avec plus d’influences malgaches, un peu comme si c’était devenu plus important pour vous, que vous assumiez davantage ce côté « world music »…

On a fait un album qui reflète plus qui on est, beaucoup plus authentique. C’est indispensable d’être soi-même et de montrer qui on est ; on a pris conscience de ça il y a deux ans quand on est parti à  Madagascar. On est partis tous ensemble là -bas pour planter des arbres avec une ONG et il s’avère que j’ai pris conscience de ce qu’était la culture malgache, d’où venaient mes potes et ce qu’ils avaient vraiment au fond d’eux. Au retour, j’avais un état d’esprit complètement changé, et je leur ai dit qu’il fallait vraiment jouer comme ils jouent eux là -bas, il ne faut pas essayer de copier les Français et faire comme les autres. Il faut juste faire ce qu’on sait faire avec son cŠ«ur et avec ses tripes. Le premier album était une expérimentation de la chanson française : on ne sait pas vraiment comment on fait, on essaie et on copie les autres, en voyant comment fait Olivia Ruiz, Thomas Dutronc ; et on fait du mieux qu’on peut. C’était un album plus « copier-coller ». Alors que le deuxième album est plus authentique, c’est plus Suarez finalement.

 

Tu es auteur-compositeur, c’est donc toi qui écris les chansons du groupe. Les thèmes sont assez variés mais ça se termine à  chaque fois bien. On dirait que ce n’est jamais triste avec toi ! Où puises-tu toute cette énergie et cette joie de vivre ?

Je pense que je ne suis pas quelqu’un d’ultra positif, mais j’ai appris à  le devenir au contact de mes potes qui ont une culture beaucoup plus joviale, plus ouverte et plus souriante. Et voilà , il s’avère que ça ne sert à  rien de se prendre trop la tête. Nous, les occidentaux  avons toujours tendance à  ruminer les choses, à  pas décoller un sourire facilement alors que c’est tellement plus simple de moins se prendre la tête et juste bien vivre la vie. Cela se reflète dans les chansons mais n’était pas inné, cette joie de vivre est plutôt acquise.

 

Vous êtes un groupe belge qui fait un tabac en Belgique et vous commencez petit à  petit à  vous faire connaître en France, notamment grâce à  Yannick Noah dont vous faites la première partie. Des festivals comme Montjoux sont importants pour vous ?

Oui, déjà  l’endroit est magnifique, on a envie d’y rester ! On est arrivés là  avec des étoiles dans les yeux ! Et puis c’est énorme, parce qu’on se retrouve devant 4000 personnes, ce qui donne directement beaucoup de visibilité ; et cette opportunité, il n’y a que des festivals comme celui-ci qui peuvent la donner.