Culture | 13.07.2012

De l’imagination à  la musique

Plus de quinze ans après la sortie de leur premier album, le groupe finnois Nightwish était invité vendredi soir à  se produire lors du Montreux Jazz Festival.
Marco Hietala :"Je vis au jours le jour, et j'ai plaisir à faire ce que je fais."
Photo: Photo : Eva Hirschi

Juste avant le concert, l’équipe de Tink.ch a rencontré Marco Hietala, bassiste et vocaliste de la formation. Quelques mois après la sortie de leur septième opus « Imaginaerum », retour sur l’ascension fulgurante d’un groupe qui ne se croyait pas destiné au grand public.

Commençons avec la question la plus dérangeante. Il y a quelques mois j’ai commandé votre nouvel album, et en l’ouvrant la première chose que j’ai vue était un flyer m’invitant à  acheter des produits dérivés. Cela m’a mise plutôt en colère, j’ai eu le sentiment que vous essayiez de me vendre quelque chose de superflu, alors que je n’ai pas besoin d’un t-shirt pour aimer et supporter votre musique. Alors ma question est: quel est le but de tout ça ?

Eh bien, moi-même je n’ai pas grand-chose à  faire avec ça, c’est plutôt l’affaire de la maison de disques. Je comprends si des gens veulent avoir des t-shirts, mais je m’en fiche un peu. Je n’ai aucune idée de ce qu’on peut trouver dans le catalogue. Mais je suis désolé si cela t’a mise en colère.

Maintenant, des questions un peu plus conventionnelles! Comment définirais-tu le groupe et votre musique à  quelqu’un qui ne vous connait pas?

Je dirais que nous jouons du rock’n’roll. Du rock’n’roll symphonique pour être plus précis, avec beaucoup d’influences et d’inspirations différentes.

Peut-on encore vous considérer comme un groupe de métal ?

Pour certaines chansons, oui. Mais le terme « métal » est probablement trop restrictif de nos jours, on ne peut plus vraiment l’appliquer à  Nightwish.

Peux-tu nous parler du concept « Imaginaerum »? De quoi est-il inspiré?

C’est une question relative aux paroles, et Tuomas (Holopainen, compositeur et claviériste du groupe, ndlr) saurait probablement mieux y répondre. Mais j’ai bien sûr une bonne idée de ce dont il s’agit: le pouvoir de l’imagination et jusqu’où on peut aller par elle, à  travers les ténèbres et à  travers la lumière. C’est un concept assez large ici.

La musique est principalement composée par Tuomas, mais j’ai aussi écrit quelques trucs; pour faire simple, nous nous sommes retrouvés, avec tous les membres du groupe, dans un camp d’été, et avons laissé les idées venir. Nous avons presque tout fait ensemble, jusqu’à  l’enregistrement des démos… Ca a l’air d’être un processus long et difficile… C’en était un en quelque sorte; mais tout s’est déroulé  sans stress, en gardant l’esprit ouvert.

Et arrives-tu à  expliquer comment on passe de l’imagination à  la musique?

Je crois qu’il faut rester ouvert aux idées et à  tout ce que l’on voit, ne pas se restreindre soi-même. C’est un peu dur d’expliquer comment, parfois, l’inspiration peut naitre de tous petits détails. Si tu gardes une trace de ce que tu vois, de ce que tu écris juste comme ça, d’une mélodie que tu as dans la tête, alors un jour ou l’autre tu peux construire de bonnes choses à  partir de ces petits riens.

Qu’en est-il du film « Imaginaerum », dérivé de l’album du même nom? A quel point as-tu été impliqué dans son processus de création ?

Moi personnellement, je n’ai pas été impliqué tant que ça. Mais j’étais présent quelques jours lors du tournage, et j’ai pu voir quelques bandes et donner mon avis. J’ai aussi lu le script. Et bien sûr, nous avons pris la décision de nous impliquer, avec le groupe et la boite qui a initié le projet. Nous avons investi de l’argent, et il semble que tout ne va pas trop mal car nous n’avons pas à  vendre nos maisons! Tout cela a été un processus long et coûteux, avec beaucoup de choses à  gérer depuis l’écriture du script jusqu’au tournage. Nous ne sommes pas du tout familiers avec ces techniques, c’est pourquoi des gens compétents en ont été chargés. Mais c’était une bonne expérience, j’ai beaucoup appris sur comment faire un film. J’ai si bien appris que je ne pense pas qu’on fera un film tiré du prochain album (rires).

A-t-on une chance de voir les films sur nos écrans bientôt ?

Nous n’avons aucune certitude quant à  la distribution internationale. Pour l’instant, le film est toujours en post-production; nous sommes pratiquement sûrs qu’il sortira en Finlande, mais concernant les autres pays ils nous faut encore négocier avec plusieurs firmes.

Ces dernières années, il semble que Nightwish fait tout en grand: grandes tournées, grandes scènes, grands orchestres… N’es-tu pas nostalgique de 2002 et l’album Century Child, quand tout était plus simple ?

Oui. (rires). Oui, je le suis. Etre un groupe de cette ampleur implique d’avoir affaire à  plein de gens peu recommandables que tu préfèrerais ne pas rencontrer. Comme le prouve ta question à  propos des produits dérivés (rires). Tout d’un coup, beaucoup de gens gravitent autour de toi avec beaucoup de propositions, et en un claquement de doigt tu dois prendre une décision sur quelque chose. Parfois tu fais le mauvais choix et le plus souvent, tu prends la bonne décision pour le groupe et son avenir.

Mais définitivement, je crois que certaines personnes auraient du rester en dehors de tout ça; on voudrait parfois rester juste entre nous, mais ce n’est plus possible. Mais tout ce succès apporte aussi de nouvelles opportunités. Par exemple, au temps de Century Child, nous n’aurions pas eu le financement ou les bons contacts pour rendre le film possible; et je suis vraiment curieux de voir quel sera le résultat final, et ce qu’en penseront les gens. Bien sûr qu’avant les choses étaient plus simples. Ce que je préfère dans le fait de jouer du rock’n’roll, ce sont les concerts dans les clubs, où l’atmosphère est si spéciale, où les gens sont très proches de la scène, transpirent et boivent de la bière. Malheureusement maintenant, ces concerts dans les clubs sont trop rares.

The Siren est-elle toujours ta chanson de Nightwish préférée, comme tu l’as écrit sur le site internet français ?

Hum, je n’y ai pas trop réfléchi. C’est définitivement l’une de mes favorites. Mais je dois dire que j’apprécie aussi vraiment les chansons d’Imaginaerum, je ne suis pas prêt de m’en lasser. Parfois quand on écoute notre propre musique, on a tendance à  en éluder certains morceaux; mais je n’en suis pas encore là . Il faut donc que je réfléchisse un peu plus à  ta question!

A propos de chansons préférées, vous jouez à  nouveau sur scène Over the hills and far away (reprise de Gary Moore, ndlr) après l’avoir longtemps laissée de côté. Pourquoi ?

C’est un apport génial d’avoir Troy Donockley, qui joue de la cornemuse sur ce morceau. Et en réarrangeant le morceau avec la voix d’Anette, il est redevenu très intéressant. Je ne sais pas pour combien de temps, mais pour l’instant nous le jouons !

Tu as maintenant 46 ans. Planifies-tu de continuer encore la musique pendant les 46 prochaines années ?

La raison pour laquelle je suis encore là  est probablement que je ne me pose pas cette question. Je vis la vie au jour le jour, et j’ai plaisir à  faire ce que je fais. Tant que je m’amuserai, je continuerai à  le faire!