Culture | 08.07.2012

Complètement « Baba love »

Texte de Anne Maron
Une voix rauque et insaisissable, des yeux verts, un piano... Pas de doute, Arthur H était au Montjoux Festival hier soir pour répandre la poésie sensuelle de son dernier album face à  un public séduit. Après une interview sans cesse reportée, le voilà  au rendez-vous pour nous parler de son 16ème opus.
Le chanteur Arthur H sur la scène du Montjoux Festival à  Thonon (France), hier soir. (photos : Anne Maron)

Votre dernier album s’appelle « Baba Love » : pourquoi ce titre ?

Quand on est baba, on est étonné, ébahi, on n’a plus les mots. C’est tout ce qui va au-delà  des mots en fait. Ce sont des moments où on n’a plus besoin d’utiliser les mots, on est juste bien. « Love », c’est le sentiment amoureux. Parfois les mots construisent notre futur et notre présent. Je dis « Baba Love » comme ça j’espère être complètement « Baba Love ».

 

Pourtant les mots sont vraiment primordiaux dans votre univers musical. Comment se fait ce travail sur les textes et sur la musique qui les accompagne ?

Je pense que pour être inspiré et créatif, il faut être dans un certain état qui ressemble peut-être à  de l’autohypnose ! Un état qui ne ressemble pas à  un état social et normal, un état où le temps n’existe pas vraiment, on est dans le monde des sensations, du rêve, des images. Quand on se met dans cet état-là , finalement c’est assez simple, il y a des images qui apparaissent et on les note comme si c’était des tableaux. Derrière les mots il y a des histoires et des images qui sont cachées. Moi j’ai l’impression de les voir et de les écrire. Pour le dernier album « Baba Love », j’ai composé toutes les musiques d’abord, chose que je n’avais jamais faite. J’essaie toujours dans ma vie de faire des choses que je n’ai jamais essayées ou que je ne sais pas faire, c’est sûrement bon pour le cerveau de faire des choses relativement inconfortables ! J’ai donc écrit toutes les musiques et après je suis allé à  la mer dans les Landes ; et là  j’ai écrit les paroles.

 

Dans un sens, est-ce en ça que cet album se différencie des autres ?

Je ne sais pas, j’essaie toujours d’avoir une approche un peu différente. Je ne sais pas si j’y arrive ou pas, en tout cas j’essaie dur, ça c’est sûr !

 

Comment arrive-t-on à  se projeter d’un album pour passer au suivant ? Est-ce qu’il faut un certain temps de latence ?

C’est la vie qui nous travaille de toute façon, on est en perpétuel changement, on essaie de se transformer, d’agrandir notre conscience. Et moi, je suis en général quand même très frustré et insatisfait, j’ai toujours l’impression d’avoir des échecs artistiques. Ca me pousse toujours à  me renouveler et me dire « Wouah, là  je suis peut-être en train de m’approcher de ce que je sens vraiment ». Justement on s’approche mais parfois on reste un petit peu comme ça, devant le spectacle. Peut-être que c’est une illusion, j’en sais rien, je ne sais pas trop ce qui se passe. En tout cas j’ai toujours ce désir dans les tripes de refaire un disque et de m’approcher plus près.

 

Vous habitez Paris, ville assez hétéroclite. Comment vivez-vous la tournée en province ?

J’aime bien Paris mais c’est quand même une ville un peu difficile et étouffante ; alors ça toujours fait du bien de partir. En province c’est génial, la musique a un impact, on voit les gens danser…J’adore les gens de toute façon : j’adore les voir sourire, j’adore les voir danser. Sinon je suis très solitaire, je vois très peu de gens, je suis vraiment fermé dans ma petite banlieue ! Et puis la musique est faite pour être partagé. Je suis content d’aller voir les gens et qu’ils me fassent aussi l’amitié de m’écouter, d’avoir du plaisir et tout ça, c’est génial.